Entreprise « remote » ou éthique élargie aux RH ? L’exemple de Chacun Son Café. - Chacun Son Cafe Blog

Entreprise « remote » ou éthique élargie aux RH ? L’exemple de Chacun Son Café.

A l’heure où les nouveaux modes de travail explosent, certaines entreprises adoptent un fonctionnement disruptif dit en “remote ou travail à distance. Rencontre avec Marc Gusils Prax, entrepreneur social à la tête de la Chacun Son Café, entreprise proposant des solutions de café responsable pour une consommation au bureau et à son domicile, dont les collaborateurs oeuvrent entre Paris, la Bretagne, le Massif Central, la Grèce et Bali. Son crédo ? Recruter des compétences pointues avant une localisation géographique ! 

 

Marc Gusils, entrepreneur social, en compagnie des familles de cultivateurs de café soutenues par le programme de microcrédit de Chacun Son Café au Nicaragua

 

Alors que le télétravail se généralise dans nos entreprises Françaises, certaines adoptent un fonctionnement disruptif dit en « remote » ou travail à distance. Une tendance venue des Etats-Unis et très en vogue au sein des petites structures alors que les nouveaux modes de travail explosent. Les avantages sont multiples : absence de frais de location de bureaux, gain de temps pour les collaborateurs qui s’affranchissent de trajets parfois longs, concentration facilitée par un espace calme, bien-être favorisé par un meilleur équilibre vie privée-vie professionnelle… Pour autant, la distance physique suscite encore la méfiance du monde de l’entreprise, perçue comme un obstacle à la génération d’idées nouvelles, la création d’une culture d’entreprise, l’émulation et la stimulation de collaborateurs confrontés à la solitude et l’isolement.

Chacun Son Café, entreprise proposant des solutions de café responsable pour une consommation au bureau et à son domicile, applique le principe d’éthique dans tous ses champs d’action y compris le domaine RH. Son crédo ? Recruter des compétences pointues avant une localisation géographique. Les membres de l’équipe se situent à Paris, à Vannes, en Grèce, au coeur du Massif Central… et même à Bali ! Mais alors, comment gérer efficacement les membre d’une équipe séparés par des milliers de kilomètres ?

Echange avec Marc Gusils Prax, entrepreneur social et dirigeant de l’entreprise, sur ce mode de fonctionnement encore atypique. 

 

Bonjour Marc. Pourquoi avoir fait ce choix d’une équipe dispersée aux quatre coins du monde alors que Chacun Son Café se développe principalement en France ? 

A vrai dire, cela n’a pas été un choix mais la conséquence logique de notre culture d’entreprise et d’un positionnement de marque fort. Chacun Son Café est né en 2005 avec l’objectif de proposer des alternatives aux capsules de café à usage unique, très polluantes. Nous pensons que le café et bien plus qu’une simple boisson, mais aussi un symbole et qu’à ce titre la capsule incarne une façon de consommer révolue.

Cela était prémonitoire, à l’époque, nous n’étions pas encore confrontés aussi massivement au problème de la pollution plastique dans les océans, la question du réchauffement climatique était peu traitée, et le marché du café en capsule explosait. Notre discours était par conséquent peu audible et nous avons dû faire preuve de détermination et de ténacité pour convaincre et nous développer. Cela nous a forgé un esprit militant et combatif. Nous avons d’ailleurs été assignés en justice en 2011 par la société Nespresso, souhaitant nous faire taire sur le sujet des capsules.

Mais pour répondre plus précisément à votre question, nous n’avons en fait rien choisi. Il nous fallait un profil spécifique assez difficile à trouver, qui soit en adéquation avec les valeurs sur lesquelles nous nous sommes construits, et la personne qui me semblait être parfaite vivait à 12 000 km. Je me suis dit que cela valait la peine de tenter l’expérience. C’est ainsi que nous avons commencé avec le travail à distance. Les questions ne manquaient pas et les incertitudes aussi, mais voilà nous avons pris cette décision et tenté notre chance. J’ajouterais que ces incertitudes sont valable pour les deux parties, ce n’est qu’au fil du temps que chacun a trouvé sa place et que nos incertitudes se sont dissipées. D’ailleurs, tenter, expérimenter et analyser est bien ce qu’une entreprise doit faire chaque jour pour survivre.

 

L’équipe balinaise de Chacun Son Café

 

Pourquoi avoir valorisé cette solution par la suite ?

Là aussi, nous n’avons rien cherché à faire de spécial, les choses se sont imposées à nous. Nous cherchions des compétences précises qui n’étaient pas disponibles dans notre périmètre. Nous l’avons donc élargi, et c’est ainsi que l’équipe s’est construite.

Ce que nous pouvons dire c’est qu’en effet, j’ai tendance à valoriser des profils très atypiques. Si l’on pousse l’analyse, ce sont des personnes qui, d’une certaine façon, ont décidé de changer de mode de vie et de prendre des risques. Le paradoxe étant qu’elles sortent de ce que l’on appelle « Les Grandes Écoles Françaises », celles où l’on entre par concours après des classes préparatoires. Elles se sont ensuite extraites du schéma classique avec une forme de détermination. Cela démontre que nous avons affaire à des compétiteurs, notamment dans l’exigence qu’ils ont au quotidien dans leur mission et dans la capacité d’engagement dont l’équipe fait preuve, et pour une entreprise, cela est un atout.

Si vous réfléchissez à ce que porte Chacun Son Café, vous pouvez constater que l’entreprise revendique par son acte fondateur une forme de marginalisation. Dans tous les cas, elle a été obligée de la subir. Lorsque que vous décidez de renoncer à ce qui va fonder la croissance du marché dans les quinze prochaines années, vous faite un acte presque suicidaire. Aujourd’hui, c’est la première force de l’entreprise : sa capacité d’engagement, qui est évidemment portée par ses collaborateurs et se décline à travers sa clientèle.

 

Chacun Son Café, entreprise militante et chef de fil du mouvement anti-capsule depuis 2005

 

Comment parvenez-vous à travailler malgré la distance et l’indépendance de chacun ? 

On pourrait croire que cela complique le travail. En réalité, la distance est positive car elle nécessite d’une part préparation et structuration du travail, mais aussi  un besoin de rompre la solitude qui aboutit à une forme de proximité très forte entre les personnes. C’est un vrai paradoxe : on a parfois l’impression d’être plus proche avec la distance, en comparaison avec la banalité d’être dans un même bureau sans vraiment en profiter ! Le travail à distance crée une forme d’incertitude qui a pour conséquence de faire naître un sentiment de solidarité indispensable au bien-être de chacun. Cet esprit d’entraide est précieux car il permet de débloquer rapidement des situations complexes.

 

 

Que cela implique-t-il en terme de management et de culture d’entreprise ?

Notre « différence et réussite » managériale réside plus dans la création d’un groupe impliqué et solidaire, où chacun apprend à respecter ses différences. J’ai presque envie de dire que cela facilite le management, et je constate une différence dans une prise de responsabilité de la part de l’équipe certainement plus forte que dans un cadre plus traditionnel.

Etre aligné personnellement avec le projet de son entreprise, c’est pour moi le fondement d’une culture commune solide. Dans notre cas, le mot « travailler » pourrait être remplacé par : oeuvrer, militer, défendre, partager, sensibiliser, informer, contribuer, remettre en question, faire mieux… car notre lutte anti-capsule est entrée dans quelque chose de plus large : la lutte contre l’usage des plastiques dont on se rend compte qu’ils ne sont pas la seule façon de consommer, et que l’on peut évidemment faire autrement.

Nous vivons comme une marque à mission. C’est elle qui nous dirige, nous ne faisons que la suivre et tentons de lui donner ce qu’elle nous demande. C’est la marque qui doit nous soutenir, nous montrer la voie, nous réunir, nous faire comprendre où est notre chemin. J’ajouterai que nous sommes portés par de nouveaux engagements que le simple fait pour une entreprise d’offrir une solution café plus juste, plus équitable et plus responsable. Il faut aussi reconnaître que l’environnement de travail est complètement bouleversé, et les attentes aussi. Pour nous, c’est une question d’adaptation au réel plutôt que quelque chose que l’on subit.

 

 

Comment voyez-vous cela évoluer ? 

Notre histoire, même si elle est encore très courte, nous a appris que le plus important est de rester ouvert et de tenter des expériences nouvelles tout en restant très vigilant et surtout en cohérence avec notre identité de marque. Si jusqu’ici les choses semblent avoir fonctionné, il ne faut en aucun cas penser que la partie est gagnée d’avance et réinterroger constamment nos expériences pour apprendre et continuer à offrir le cadre de vie que chacun souhaite adopter.

Si la demande de sens est certainement plus importante par le type de profil qui nous rejoignent pour accompagner notre croissance, nous restons une entreprise avec de forte contraintes et où que vous soyez, quelque soit la souplesse de vos horaires, le cadre de votre lieu de travail notamment exotique pour certains, la contrainte du marché, la concurrence et les exigences de nos clients nous rappelleraient rapidement à l’ordre si nous pensions pouvoir nous en exonérer. Nous devons offrir en permanence une vision claire à nos collaborateurs.

Ce n’est pas tous les jours faciles, il y a effectivement parfois des incompréhensions, des ratés, mais nous n’avons pas envie de changer cette manière de faire. Nous partageons le sentiment que ce serait un retour en arrière. Chacun s’enrichit des différences de modes de vie des autres, on échange sur ce qu’on fait à Paris, à Bali, en Bretagne, en Grèce. Le quotidien, les loisirs, les horaires, l’écosystème ne sont pas les mêmes mais nous avons finalement tous la même routine.

 

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Propos recueillis par Le Hub Nomade, collectif de Freelances situé entre la France et Bali 

Crédits photos : Marine Graham Photographie

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