Et si l’air devenait le nouvel or noir ? Par Marc Gusils, dirigeant de Chacun Son Café - Chacun Son Cafe Blog

Et si l’air devenait le nouvel or noir ? Par Marc Gusils, dirigeant de Chacun Son Café

Nous entendons ici où là des voix se lever sur la question de l’intensification de la déforestation en Amazonie, des critiques sous forme de bonnes intentions qui visent le plus souvent le président Brésilien élu légitimement par son peuple dans un pays démocratique, rappelons-le. Cette attitude est facilitée par son caractère populiste, régulièrement montré du doigt. Pourtant, il ne fait que développer l’économie de son pays, ce pour quoi son peuple l’a élu. 

Critique d’un modèle éprouvé et approuvé

Durant plus d’un siècle, les États-Unis, le Japon et l’Europe de l’Ouest (soit un tiers de la population mondiale) se sont partagés les ressources et richesses de la planète pour assurer leur développement économique et offrir à leur population progrès et prospérité.

Ils ont agi sans jamais se préoccuper de l’avenir des générations futures, sans jamais qu’une voix se lève, sans qu’aucune limite au bien commun ne puisse être légitimement exprimée. Durant un siècle, ils ont pillé des populations de leurs ressources, pollué notre atmosphère, détruit 50% de la biodiversité, rempli nos océans de déchets, et tout cela au nom de la liberté individuelle d’entreprendre.

Nos scientifiques, sur lesquels notre civilisation s’est appuyée pour construire le monde de progrès tel que nous le connaissons, nous expliquent que notre modèle de développement nous faire courir à notre perte. Mais plutôt que d’y réfléchir et d’implémenter le changement, nous amplifions ce mouvement et accélérons par une dérégulation constante de notre économie sous la pression d’une doctrine libérale.

Et maintenant, nous voudrions que le Brésil cesse sa déforestation parce que cela pourrait nous mettre en péril ? C’est une blague. Pour quelle raison les populations de ce pays ne pourraient-elles pas elles aussi aspirer à la même prospérité et au même mode de vie que nous promouvons à longueur de journée sur nos réseaux sociaux (réseaux sociaux qui, soit dit en passant, sont générateurs d’un gouffre énergétique gigantesque et représentent une activité ultra carbonée) ?

Oui, ce que nous appelons le progrès est contagieux. Et le reste du monde est aussi légitime que nous à vouloir accéder à la démocratie, la liberté d’entreprendre, la création de richesse et la possession.

 

 

Les énergies fossiles et l’air : ressources de la Terre avant tout

Les pays en développement s’invitent donc à la table de l’accès aux énergies fossiles, condition indispensable pour assurer une croissance et un développement rapide et bon marché. Ils pourraient utiliser des énergies renouvelables me direz-vous. Pour répondre à cela, je vous invite à regarder l’évolution de notre consommation en énergies fossiles, ne serait-ce que ces 5 dernières années. Des effets de communication tentent de nous convaincre de leur diminution, mais non : elles n’ont fait qu’augmenter en volume et en pourcentage au détriment des énergies renouvelables ou décarbonnées (si tant est que cela existerait).

Nous voudrions dire au Brésil qu’il ne doit pas créer de nouvelles sources de revenus parce qu’il nous prend « notre air », comme j’ai pu le lire. Là, j’aimerais faire un parallèle avec les pays pétroliers. Très franchement, dites-moi quel pays du Golfe a produit du pétrole ? 

On appelle « pays producteurs de pétrole » des « pays extracteurs de pétrole ». En réalité, ils ne font que le sortir du sol. Le pétrole a été créé par la Terre – certains diraient Dieu. Dans tous les cas, ce n’est certainement pas un pays ou un quelconque propriétaire terrien qui en contiendrait dans ses sols.

J’aimerais que l’on m’explique de quel droit nous pouvons légitimement expliquer aux Brésiliens que leur forêt est un bien commun qu’il faut protéger alors que nos pays « développés » par le biais de leurs puissantes multinationales se targuent même d’avoir le droit de déposer des brevets sur la nature.

Certes, dénoncer peut avoir une utilité, tout comme militer et informer. Cela participe de faire bouger les lignes. Mais il ne faudrait pas que cela se limite à nous construire une bonne conscience, comme nous pouvons le faire avec les moteurs électriques, comme si l’électricité sortait du mur. Permettez-moi de vous informer qu’elle sort bien de centrales nucléaires, et majoritairement de centrales à charbons, au pétrole et au mieux au gaz. C’est également le cas de notre usage du web. Là aussi, il faudra regarder les choses en face, mais cela est un autre débat.

Pour l’heure, il me semble qu’il va falloir que notre classe politique se mette sérieusement au travail pour construire un monde viable, un nouveau projet et cela ne va pas être une partie de plaisir.

 

Quelles solutions au problème du Brésil ? 

Nous pourrions imaginer des solutions très concrètes au problème de la forêt Amazonienne, notamment parce que cette politique n’est pas non plus dans l’intérêt du Brésil sur le plus long terme. 

Les grandes exploitations agricoles du Brésil se situent au sud-est du pays sur des terres irriguées par des pluies arrivant de l’ouest, elles-mêmes issues de l’écosystème de la forêt tropicale. En effet, c’est par l’évaporation des eaux retenues au cœur de la forêt Amazonienne que des nuages se forment au nord-ouest de Brésil, bloqués par la chaîne montagneuse qui longe le pays du nord au sud. Ces nuages, poussés par les vents du nord, vont tout d’abord entamer une descente vers le sud avant d’être poussés vers l’est du pays et irriguer les exploitations.

Détruire la forêt tropicale Amazonienne implique donc pour le Brésil la destruction de son climat et de ses grandes plantations avec tous les enjeux économiques que cela implique. Croyez-vous que ces grands propriétaires aient un intérêt à voir arriver sur leurs terres une catastrophe écologique qui anéantirait leurs exploitations ? À ce titre, certaines forces brésiliennes pourraient jouer un rôle décisif pour une autre politique de la forêt Amazonienne. ll est du rôle du politique d’animer les forces en présence et de créer des contre-pouvoirs. 

Mais pour que cela fonctionne, il faudrait accepter l’idée que l’oxygène produit par la forêt amazonienne est un bien marchand au même titre que les énergies fossiles, et qu’en cela il a une valeur monétaire. Il faudrait que le budget des ménages et des entreprises, qui intègre l’essence, le gaz, l’électricité et l’eau se voit augmenter de l’air que nous devrions payer au Brésil. C’est bien ce que nous faisons en Europe : indemniser les agriculteurs quand ils n’exploitent pas leur terre agricole pour des raisons de politique de quota. Alors nous ne devrions pas indemniser le Brésil qui n’exploiterait pas ses terres pour nous offrir de l’air ?

 

 

Une hypocrisie bien occidentale 

Il est vrai que si les régions pétrolifères n’appartiennent pas aux Occidentaux, ce sont les compagnies occidentales qui en ont toujours eux l’exploitation et la jouissance. Et le jour où le Chah d’Iran a commencé à faire émerger l’idée que cela pourrait être autrement, il a été rapidement évincé du pouvoir par l’occident.

Ce que je tente de dire est qu’il existe des issues possibles, mais que les intérêts pour leur mise en œuvre ne convergent pas là où se trouve le vrai pouvoir. Pourtant dernièrement, c’est bien le pouvoir politique qui a mis en place des actions pour tenter de protéger tant que faire se peut l’économie en place.

Je suis chef d’entreprise et j’ai l’âge de laisser la place à plus jeune, je suis d’ailleurs déjà dans cette démarche. Je reste en effet convaincu que nous ne tirerons pas le tapis sur lequel nous sommes, là où ma génération est globalement assez cynique et égoïste pour se dire “après moi le déluge”.

Je ne crois pas que la nouvelle génération porte en elle ces symptômes. Je crois qu’elle est capable de relever ce défi de faire que la politique nous dirige vers une issue favorable. Ce n’est pas que le monde économique et financier soit mauvais, mais très simplement qu’il n’a pas les mêmes intérêts et cela est d’ailleurs parfaitement louable.

Notre rôle est de faire confiance à la prochaine génération pour ne pas capturer le pouvoir, de ne pas entraver l’arrivée des femmes au pouvoir et aux responsabilités mais d’aider cette transformation parce que cela est de même nature, celle de l’équilibre des choses. Nous devons travailler à comprendre par qui peut venir le changement plutôt que dire que ceci ou cela est mal. Le mal et le bien n’ont rien avoir avec cette histoire de l’humanité, les systèmes ne s’occupent ni du bien ni du mal, mais de leur équilibre et les équilibres me semble en l’état bien précaires.

 

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