Explora Project : ne partez pas en voyage là où vont les autres ! Rencontre avec un nouveau type d’explorateur, Stan Gruau.
9 avril 2021 ParNous sommes face à un contrat flagrant : nos habitudes de voyages polluent. Elles représentent 10% des émissions de gaz à effet de serre, menacent notre écosystème et épuisent nos ressources naturelles. Et pourtant, le phénomène #travelgam (« instagramisation » des voyages), ou sur-tourisme, continue.
Nous avons rencontré Stan Gruau, fondateur d’Explora Project, pour en savoir plus sur une nouvelle façon de voyager : le voyage durable, mêlant aventure et protection de l’environnement.
Hello Stan, peux-tu nous présenter Explora Project ?
Explora Project est une agence de voyage d’aventures durable, créé en 2018 et désormais la première agence de voyage française à mission. Notre ambition est de devenir l’acteur engagé du tourisme d’aventure en proposant, au plus grand nombre, un modèle de voyage à impacts positifs pour l’Homme et l’environnement.

Quelle rupture avec les modèles classiques du secteur ?
Le tourisme est présent dans seulement 5% de la planète, ce qui signifie que tout le monde va au même endroit. Les tours opérateurs commandent les voyages à des réceptifs locaux et revendent ces voyages à des milliers d’agences, qui eux les revendent aux clients. Mais au final, les réceptifs locaux sont ceux qui font tout et leur nombre n’est pas illimité : les voyages se ressemblent et s’accumulent, ce qui impacte la biodiversité des sites (bétonnisation pour créer des parkings, accumulation d’infrastructures, déchets laissés par les voyageurs dont la faune se nourrit et qui provoque des troubles du comportement des animaux, etc…).
Avec Explora Project, nous avons supprimé tous les intermédiaires entre l’agence de voyage et les réceptif locaux, et nous évitons la surexploitation des zones en imaginant des excursions éphémères dans des endroits peu fréquentés grâce à des guides expérimentés.
Ensuite, nous concevons des voyages avec pour objectif de ne laisser aucune trace.

Au niveau des trajets, l’impact carbone est très limité : 92% des expéditions sont accessibles en train au départ de Paris. Nous proposons uniquement des hébergements « softs » (bivouacs, hamacs, refuges, cabanes…) et nous recyclons, réparons et réutilisons le matériel. Enfin, nous travaillons en circuit court, local, bio et zéro déchet pour toute la partie nourriture de nos expéditions.
En d’autres termes, Explora Project c’est explorer différemment et surtout durablement !
Un modèle de voyage à impacts positifs ? Qu’est-ce que ça signifie ?
Nous proposons des expéditions de deux à quinze jours en autonomie d’énergie, de nourriture et à propulsion humaine ou animale, c’est-à-dire que nous mettons tout en place pour réduire notre empreinte environnementale au maximum.
Même si certaines expéditions vont jusqu’à respecter les accords de Paris en termes d’émission de gaz à effet de serre sans aucune compensation (ce qui est déjà énorme), l’impact zéro n’existe pas. C’est pourquoi nous quantifions nos émissions carbone (l’impact résiduel) de nos voyages et nous le compensons (on parle alors d’impact neutre).
L’impact positif, ce sont toutes les actions supplémentaires que nous mettons en place pour sensibiliser et engager notre communauté (clients, équipes, partenaires) pour le respect de la planète. Par exemple, nos guides sont formés aux problématiques environnementales, nos participants peuvent abonder le prix des voyages pour participer à des programmes de reforestation, nous organisons des expéditions zéro déchet mais aussi une bourse climat et une bourse explorateurs pour financer les recherches.
L’impact positif, c’est aussi au sein même d’Explora Project : je pense que l’on ne peut pas avoir une mission de boîte sans que chaque membre comprenne et transpire la mission au quotidien. Toute notre équipe fait du sport, fait attention à ce qu’elle consomme, part voyager et s’engage dans des projets qui font sens.

Et puis avec Explora Project, vous participez aussi à promouvoir le respect de l’environnement à grande échelle, et pas seulement au niveau du tourisme ?
Bien sûr. Finalement, tout ce qui fait notre impact carbone au quotidien se retrouve dans le voyage. En expédition avec Explora Project, nos participants constatent et comprennent leur impact que ce soit au niveau du transport, du matériel, de l’alimentation, de l’hébergement… Une fois rentrés chez eux, ils font rapidement le parallèle entre l’expédition et leur quotidien, et c’est comme ça que les mentalités évoluent, que les actions se mettent en place.
Bien souvent, ce n’est pas l’adhésion aux valeurs ou la compréhension des enjeux environnementaux qui manquent, ce sont les outils simples pour s’impliquer au quotidien : à part trier ses déchets et manger moins de viande (qui sont déjà des efforts bien ancrés dans les mentalités) qu’est-ce que, concrètement, les gens peuvent faire et comment ?

Beaucoup de choses commencent pas un bon café, quel a été ton déclic ? Comment t’es venue l’idée de créer Explora Project ?
J’ai toujours été un sportif avec une âme d’aventurier. En 2011, je traverse la France en courant et c’est pendant cette aventure, grâce à de nombreuses rencontres sur la route, que je réalise à quel point les gens ont des rêves (beaucoup liés au sport, à l’outdoor) mais n’osent pas, ou ne se donnent pas les moyens de les réaliser. C’est alors que j’ai lancé Explora (initialement « Life changing experience agency »), avec pour mission d’aider les personnes à créer leur voyage d’une vie.
Explora Project s’est finalement construite en parallèle de mon aventure personnelle : avec la naissance de ma première fille, j’ai réalisé que j’avais besoin de changer de vie. J’ai quitté mon job de trader, mon quotidien à 1000 à l’heure pour me reconnecter à mes vraies valeurs, mes émotions et retrouver du sens dans mes actions.
Depuis sa création, Explora Project a beaucoup évolué. La remise en question fait-elle partie de tes valeurs ?
Il n’y a pas de perfection dans l’écologie, d’ailleurs je n’y étais pas nécessairement sensible avant Explora. J’ai pris conscience des enjeux en développant le projet et je continue à évoluer, à apprendre tous les jours, en expérimentant et en m’entourant des bonnes personnes.
Je crois d’ailleurs que l’être humain est fait pour (s’)explorer, chercher un équilibre : contraindre sans expliquer ou ressentir les choses ne sert à rien. Le voyage permet notamment d’acquérir cette conscience écologique.
Quelle serait ta définition du voyage ?
Je pense que le voyage, c’est avant tout ressentir des émotions. Nos expéditions nous procurent des sensations, nous font nous sentir plus vivants, mais aussi plus acteurs (de notre voyage, du changement).
On peut réfléchir au voyage à travers un triptyque personnel, social et environnemental.
Au niveau personnel, le voyage nous permet de mieux nous connaître, que ce soit au niveau de nos capacités mais aussi de nos limites. Il nous fait nous dépasser tout en nous respectant.
Au niveau social, les voyages créent des rencontres, du lien, et nos émotions sont sublimées.
D’un point de vue environnemental, la découverte des lieux, des personnes et notre capacité à nous ouvrir à ce qui nous entoure nous aident à mieux comprendre et donc à respecter davantage.

Quelle est ta vision du tourisme dans les prochaines années ?
Il est difficile d’être certain de ce que sera le tourisme dans plusieurs années, ceci dit certains signaux faibles nous permettent de concevoir le secteur davantage autour de l’aventure que du tourisme tel qu’on le connaît.
L’année 2020 et notamment la crise Covid-19 ont été un catalyseur de questionnements qui, je pense, ont fait émerger d’une part la volonté des personnes de consommer des marques qui ont du sens (si c’était déjà le cas dans la « food » , le prêt à porter, c’est un phénomène récent dans le secteur du voyage et plus globalement des services) mais aussi la nécessité de se reconnecter à la nature et à nos vraies valeurs, à nos émotions.
Aujourd’hui, on tend vers des voyages plus durables, itinérants (avec un souci de l’impact environnemental) mais aussi plus actifs physiquement et psychiquement.
Quels objectifs pour Explora Project en 2021 ?
Nous avons déjà 1000 départs prévus pour 2021.
Mais au delà de la quantité, nous souhaitons améliorer l’existant : le produit (grâce à la tech, nos partenaires) et notre communauté. Avec Explora Project, nous croyons beaucoup en la force du collectif : se nourrir les uns les autres, échanger sur comment améliorer le secteur. Nous voulons offrir à notre communauté des opportunités de contribuer, connecter et s’engager à travers des rendez-vous forts.

En parlant d’échanges, si tu pouvais prendre un café avec n’importe qui, pour discuter, débattre, apprendre … qui serait cette personne ?
Je pense que je choisirais de prendre un café avec un(e) scientifique engagé(e) pour le climat, comme Heidi Sevestre, glaciologue basée à Annecy. J’aime échanger avec des personnes qui ont vraiment les pieds sur terre, avec une approche chiffrée et pragmatique pour prendre un peu de hauteur par rapport à tout ce bruit autour des questions environnementales. L’impact carbone est souvent perçu comme un peu philosophique, alors qu’en fait il est très mathématique : faire ton tri pendant 10 ans, c’est un Paris-New York.
Merci Stan pour cette plongée dans le tourisme de demain : espérons que de plus en plus de gens y seront sensibilisés et sensibles !








