Réinventer l’industrie textile à l'heure de la déconsommation : rencontre avec Clément Maulavé, fondateur d’Hopaal - Chacun Son Cafe Blog

Réinventer l’industrie textile à l’heure de la déconsommation : rencontre avec Clément Maulavé, fondateur d’Hopaal

Clément Maulavé est un jeune entrepreneur passionné qui s’est lancé dans un objectif ambitieux : créer la marque de vêtements la plus “propre” possible avec Hopaal. 100% tourné vers la transition écologique du secteur de l’habillement en France, Clément teste, co-crée, s’engage, s’inspire et surtout inspire. Il nous raconte son parcours, ses croyances et ses projets avec Hopaal ! 

Peux-tu te présenter rapidement ainsi que Hopaal ? Quelle est la raison d’être de la marque ? 

Hello, je m’appelle Clément et je suis le co-fondateur de Hopaal que j’ai créé avec mon associé Mathieu. On s’est lancé début 2017 avec pour objectif de créer la marque la plus « clean » possible ; avec le plus bel impact sur l’Homme et la Planète. Pour ça on étudie toutes les étapes de la fabrication d’un vêtement et on sélectionne les meilleures alternatives. On utilise donc des matières recyclées, on travaille avec des ateliers français et portugais toujours à moins de 1000 km de nos bureaux de Biarritz, on propose des emballages réutilisables et surtout : on fabrique à la demande uniquement les vêtements dont nos clients ont besoin. La plupart de nos vêtements sont ainsi co-créés avec notre communauté car on estime que ça ne sert à rien de fabriquer un vêtement qui ne servira à rien, même s’il est recyclé et fabriqué en France.

Notre slogan chez Hopaal est «Inspirer, préserver et mériter le monde que nous voulons ».
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Vous venez de lancer “Democratee”, le 1er tee-shirt fabriqué en France et vendu à prix coûtant. L’objectif : démocratiser le mode responsable. Pourquoi cela te tient-il à coeur ?

Ça nous embête grandement de voir des personnes convaincues et débordantes de valeurs se tourner vers la Fast-Fashion pour des raisons budgétaires. On a donc regroupé tous nos partenaires pour faire un effort et construire une alternative saine et durable à la Fast-Fashion.
Pour faire simple, DemocraTee c’est tout l’inverse de la Fast-Fashion : on respecte la planète, les humains, on fabrique en France à la demande et on prône un style minimaliste.
Grâce à l’implication de toute la chaîne de fabrication, on propose DemocraTee à seulement 24€.
Depuis le début nous nous intéressons au prix car derrière chaque prix se cachent une histoire, des emplois, des savoir-faire etc. Avec Hopaal, on ne fait que de la vente directe – sans intermédiaires – pour proposer nos vêtements aux prix les plus justes possibles. Aussi, nous ne faisons jamais de soldes car ça pousse à la consommation et ça pose la question : à quel prix sont vendues les fringues le reste de l’année ? Donc on est très vigilant sur le prix de nos vêtements : pour que tout le monde soit rémunéré à sa juste valeur, que l’environnement soit préservé et que nos fringues restent accessibles.
Malgré tous nos efforts, nous vendons habituellement nos t-shirts recyclés et fabriqués en France à 45€ ; c’est le meilleur prix pour couvrir nos recherches et notre temps.
Malheureusement, la Fast-Fashion nous a habitué à payer un t-shirt aux alentours de 5-10€.
Ces prix sexy cachent une réalité bien plus triste que personne ne devrait soutenir. C’est pourquoi nous avons lancé DemocraTee.

Tu défends une approche locale et long-termiste. En quoi ces deux éléments sont-ils liés ?

Pour l’approche locale, j’estime que plus nous nous rapprochons des choses : mieux nous les connaissons et plus nous évitons les bourdes. Se rapprocher de nos fabricants pour connaître leurs enjeux, se rapprocher de l’océan pour se familiariser aux grands espaces, se rapprocher de nos clients pour mieux cerner leurs besoins etc. Quand on s’éloigne des choses, quand on sous-traite, quand on externalise : c’est difficile de mesurer l’ampleur des enjeux. Mieux vaut être sur le terrain et se confronter directement aux sujets qui nous intéressent.
Pour résumer, avec Hopaal nous prônons le « Plus de proximité, moins d’absurdités. » ;
car quand on s’éloigne des choses ça débouche souvent sur des absurdités et c’est l’environnement qui trinque. Côté long-terme, je garde ça pour la question suivante !

Tu parles aussi de radicalité. On comprend par là que le contexte actuel ne nous autorise plus au compromis. En quoi cela s’illustre-t-il dans ton approche au quotidien ?

Par radical, j’entends un côté un peu extrême mais avant tout positif comme « aller au bout des choses » et surtout : identifier la source du problème pour le régler à ses racines. Radical vient d’ailleurs du latin  – radicis – qui renvoie à la notion de « racine ». Donc quand on parle d’avoir une approche radicale avec Hopaal, c’est de ne rien laisser au hasard, de bien creuser le sujet et – une fois qu’on maîtrise le sujet – de prendre les décisions les plus adaptées pour traiter le problème à sa source.
Typiquement : ramasser les déchets sur la plage c’est bien (je le fais de temps en temps) mais la vraie source du problème c’est l’élaboration d’emballages en plastique et la consommation de plastique.
Donc notre responsabilité en tant que marque est avant tout de couper l’usage du plastique, et bien évidemment de ramasser les déchets quand ceux-ci sont sous nos yeux.
Au quotidien j’estime que l’allocation de notre temps est primordiale. Tous les matins nous avons 24h à consacrer, plutôt 18 même avec le sommeil, donc la première question à se poser est : à quoi et à qui vais-je consacrer ce temps ultra précieux ?
Ensuite viennent tous les sujets de consommation : manger local, être zero-waste, favoriser les transports doux etc. Donc aller travailler en vélo pour une entreprise qui détruit le vivant c’est moins pire que d’y aller en voiture mais c’est dommage car on passe quand même notre journée à encourager une entreprise pas très saine.
Côté pro, avec Hopaal, j’essaye de pousser notre démarche le plus loin possible, de toucher le maximum de personnes et d’inspirer le plus grand nombre. En perso, je suis aussi vigilant à ce que je consomme : je n’achète plus de viande ni de poisson depuis près de 2 ans, j’ai toujours une gourde avec moi quand je me déplace, je ne prends que le train pour voyager en France, je me suis acheté un petit coton tige réutilisable, j’essaye de manger des fruits et légumes de saison – même si je me plante assez régulièrement, etc. Au vu des enjeux actuels, les compromis semblent en effet compliqués, bien qu’inévitables car personne ne peut être parfait. Chacun fait ensuite selon sa sensibilité et ses priorités ; mais aujourd’hui on doit tous s’y mettre ; tant sur le plan professionnel que personnel.
Enfin, pour répondre à la question précédente sur l’approche long terme : je pense que tout ça ne se fait pas du jour au lendemain. Ces changements de comportements sont nécessaires mais doivent être souhaités et non pas imposés. Ça vaut le coup de s’informer, de lire, de rencontrer des personnes et petit à petit : le changement s’opère.

Un concept propre à Hopaal : la liberté, tant que le volet business que sur le volet RH. Vous vous inscrivez en ce sens dans le sillage du Future Of Work. Pourquoi c’est important ? 

Hopaal a été créée pour 2 raisons : rassasier notre sensibilité environnementale et assurer notre liberté. La « liberté volet business » nous permet de prendre des décisions radicales – purement sociales ou purement environnementales – et la « liberté volet RH » nous permet de gérer notre temps comme on l’entend.
C’est important car – pour citer le site – « cette liberté nous protège des mauvais choix. Nous ne rendons des comptes à personne sauf à nos clients et à la planète. Hopaal est une marque indépendante et nous tenons à conserver notre liberté, toutes nos libertés. La liberté de refuser les sacs en plastique. La liberté de ne travailler qu’avec des fabricants locaux. La liberté d’aller travailler en short. La liberté de dire non. La liberté de dire oui. La liberté d’aller surfer quand il y a des vagues. La liberté de ne pas être d’accord. La liberté de faire des erreurs et d’en tirer des enseignements, la liberté de changer d’avis et toutes ces libertés simples et évidentes qui sont parfois écartées de nos quotidiens. »
La « liberté volet business » s’acquiert et n’est pas aussi facile à obtenir qu’il n’y paraît. Être indépendant et autonome financièrement requiert du temps et du travail car en tant qu’entreprise nous avons pas mal (beaucoup) d’obligations financières. C’est pourquoi nous travaillons avec notre communauté, que nous l’impliquons et que nous expliquons que chaque achat chez Hopaal permet en quelque sorte de financer cette liberté qui nous permet à son tour de prendre des décisions radicales et courageuses.
Sans nos clients, nous ne pourrions rien faire.
La « liberté volet RH » se construit avec toute l’équipe. Nous avons vite compris que nous sommes là pour faire des produits et non pas des heures. Pour que chacun soit libre et que l’équipe soit synchro il faut tout de même un peu de temps et développer les bons outils. En interne, liberté rime avec responsabilité : chacun peut gérer son planning comme il l’entend tant que cela ne compromet pas le travail d’un autre.  Ça fait presque 2 ans que nous travaillons comme ça et nous sommes capables d’être très flexibles même si nous pouvons certainement encore nous améliorer.

Comment vois-tu évoluer le secteur de la mode dans un contexte de déconsommation ? 

Il y a une grande prise de conscience, nationale et mondiale, et les marques opèrent un virage donc c’est positif ! Le bémol est qu’il y a souvent un gros battage médiatique pour des collections ou des produits qui ne représentent en réalité qu’un très faible pourcentage de leur production totale. Il n’empêche que voir des gros acteurs comme Nike, Adidas, H&M se mettre au vert est très encourageant car ces marques ont d’énormes volumes et peuvent avoir de très gros impacts, positifs comme négatifs.
Ensuite vient la vraie question : celle de la déconsommation. La promesse du recyclage, du bio ou du local ne doit pas être une excuse à une consommation effrénée. Acheter 3 doudounes recyclées, ça reste trop.
Cette question de la déconsommation est à première vue très inquiétante d’un point de vue business alors qu’en réalité c’est le juste cours des choses.
Nous devons consommer moins mais mieux, revoir notre manière de consommer et surtout ne consommer que lorsque nécessaire, que lorsque nous en avons besoin.
Le besoin est au coeur du sujet chez Hopaal ; c’est pourquoi nous impliquons notre communauté dans le design de nos vêtements et que nous faisons de la fabrication à la demande grâce à des précommandes. Il ne faut pas s’inquiéter : on aura toujours besoin de porter des vêtements et de se mettre quelque chose sur le dos. Ça ne sert juste à rien de remplir les placards des gens pour remplir les placards. Nous avons besoin de marques qui font les choses bien – certes – mais aussi de marques qui produisent des fringues qui sont portées et qui répondent à un vrai besoin. C’est ce que nous essayons de faire avec Hopaal. Reste à déterminer : de quoi nos clients ont-ils réellement besoin ? Pour répondre à cette question : on en discute directement avec les personnes concernées, : nos clients.  La déconsommation est donc possible et surtout souhaitable : pour avoir des produits mieux fabriqués et de meilleure qualité.
Je suis optimiste pour la suite, mais il y a encore du boulot !

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