Zéro déchet au bureau : les conseils de Pauline Debrabandere de Zéro Waste France ! - Chacun Son Cafe Blog

Zéro déchet au bureau : les conseils de Pauline Debrabandere de Zéro Waste France !

Impressions, fournitures, gobelets en plastique, etc, les habitudes que l’on acquière sur son lieu de travail ne sont pas toujours les meilleures pour l’environnement. Zero Waste France propose sur son site web un guide pratique pour réduire voire éviter totalement la production de déchets au bureau. Etant au coeur du sujet alors que nous accompagnons nos clients entreprises vers une solution café plus responsable et sans capsules, nous sommes partis à la rencontre de Pauline Debrabandere, à l’origine de ce guide “zéro déchet au bureau.” 

 

Bonjour Pauline, pouvez-vous vous présenter ainsi que votre action au sein de Zero Waste France ? 

 

Bonjour Chacun Son Café ! Je travaille chez Zéro Waste France depuis 2 ans maintenant, notamment sur la thématique du « zéro déchet » au bureau, mais également sur des missions évènementielles assez variées avec différents acteurs car le zéro déchet s’applique un peu partout. 

 

Nous avons trois grandes missions chez Zero Waste France : 

  • plaidoyer : faire bouger les lois en France et au niveau de l’Union Européenne, et faire en sorte que les gros producteurs de déchets bougent. Nous essayons notamment de faire passer certains amendements qui favorisent la réduction à la source des déchets.
  • outiller les acteurs de terrain : faire en sorte que l’ensemble des individus qui ont envie de changer certaines pratiques, d’influer au travail ou à l’école de leurs enfants par exemple, soient outillés à travers des guides (nous en avons sortis plusieurs : mon événement zéro déchet, mon campus zéro déchet…) recensant astuces et retours d’expérience. Nous recevons des demandes croissantes d’entreprises depuis 2016 (salariés, directions, services RSE…) qui souhaitent réduire leurs déchets. Nous les aidons à savoir par où commencer avec des conseils, des formations ou des interventions de sensibilisation. C’est amusant car aujourd’hui, 3 ans plus tard, ces mêmes entreprises nous sollicitent pour aller plus loin. C’est vraiment intéressant d’assister à cette évolution, on constate que le zéro déchet au quotidien est finalement une porte d’entrée et que la thématique progresse. On reçoit de plus en plus de demandes.
  • être un lanceur d’alerte et sensibiliser tous les acteurs : citoyens, administrations, association locales, collectivités locales, entrepreneurs… 

 

Qui sont les acteurs clés du zéro déchet en entreprise aujourd’hui ?

En termes de proportions, ce sont plus souvent les salariés qui nous contactent que l’entreprise en tant que telle. Le zéro déchet est une démarche qu’il faut porter, et peu de dirigeants en prennent l’initiative. Les salariés arrivent à convaincre la direction mais il y a tout un travail à faire en interne en amont pour faire passer la notion qui n’est pas si évidente. Souvent, lorsqu’ils nous contactent, ces salariés ont déjà engagé des démarches et ont majoritairement le soutien de leur direction. 

Par contre, on constate effectivement un sentiment de solitude chez ces salariés qui portent la démarche à la fois chez eux et au sein de leur entreprise. Il y a un effet de lassitude et de fatigue observé chez eux lorsqu’ils nous contactent. On leur conseille de commencer par échanger avec la direction pour prendre la température et voir si l’allocation d’un micro-budget ou d’une petite action est possible. Souvent, cela passe car on démontre assez facilement que le zéro déchet permet de faire des économies sur les achats. Il y a toujours des leviers pour que la direction écoute ! 

 

Photo by @trashisfortossers

 

Ensuite, on leur conseille de constituer un noyau avec d’autres collègues car c’est compliqué d’y arriver tout seul. Faire changer les habitudes est un processus de longue haleine car on rentre dans l’intime et les gens se sentent contraints de changer ce qu’ils sont. Nous leur conseillons de choisir des relais éco-sensibles dans différents services de l’entreprise et ainsi créer un comité Développement Durable qui fasse écho à tous les niveaux. Un autre conseil que nous donnons : ne pas se disperser. Le mieux est de commencer par un grand chantier, par exemple réduire le nombre d’impressions, et de voir comment cela se passe. On constate que le pli se prend assez vite et que le sentiment de contrainte est vite oublié.

 

 

Ce genre d’initiatives se multiplie avec la prise de conscience favorisée par la couverture médiatique sur la crise des déchets. Chez Zero Waste France, nous ne communiquons pas du tout sur ces accompagnements d’entreprises, mais recevons beaucoup de demandes spontanées. Nous réfléchissons actuellement à nous organiser pour mieux accompagner les entreprises, notre but n’étant pas de devenir un cabinet de conseil mais d’aller plus loin, de défricher certaines problématiques, de constituer ainsi des ressources et les diffuser, plutôt que de répéter le même diagnostic dans toutes les entreprises tertiaires. 

 

Téléchargez ici le guide Zéro Déchet de Zéro Waste France ! 

 

Nous luttons contre les capsules depuis 2005 : le café est-il selon vous un axe de réduction des déchets ? 

Le café, c’est un moment intéressant car c’est un moment de pause et donc de sensibilisation facile, qui dérange un peu moins. La question des gobelets jetables par exemple est centrale et visible. Passer à des tasses réutilisables, cela fonctionne finalement très bien, et les salariés voient immédiatement l’intérêt ! Nous demandons aux entreprises de négocier avec leurs prestataires des machines qui détectent la présence d’un mug pour que le café coule directement sans gobelet en plastique. 

C’est intéressant de passer par le café pour surmonter les points de blocage : le lavage de la machine et des tasses, la gestion du café ou du sucre en vrac… ce n’est dans la fiche de poste de personne. Ce qui est intéressant, c’est de voir les différences d’approches entre les différents types d’entreprise. Dans les petites boîtes, cela fonctionne « comme à la maison » et il faut responsabiliser les salariés dans un changement d’habitudes. A partir de 50 salariés, il faut prévoir une organisation spécifique ou alors intégrer cette nouvelle tâche dans les attributions des agents de nettoyage et de maintenance. Nous conseillons aux entreprises qui souhaitent aller plus loin de supprimer leurs machines Nespresso ou autres dosettes jetables pour les remplacer par des cafetières à piston ou machines à grains. 

 

 

Face au plastique, les entreprises commencent à faire bouger les lignes et prennent des décisions. 

Quelle est votre vision chez Zéro Waste France ? 

Nous constatons beaucoup de déclarations d’intention. Par exemple, une grosse banque a déclaré récemment qu’elle allait intégrer le « zéro plastique » dans son mode de fonctionnement interne d’ici 2020. C’est intéressant mais on demande aussi à voir. Il va y avoir des points de blocage, vont-ils réussir à les surmonter ? Par ailleurs, cela reste paradoxal qu’une grosse banque qui soutienne des projets polluants change ses pratiques internes mais pas ses modes de fonctionnement, ne remette pas en question sa raison d’être (et de financer certains projets). Pour nous, c’est du greenwahsing. 

Autre exemple, les salariés de TOTAL sont peut-être ravis que leur entreprise fasse des efforts en interne mais pour autant l’activité de l’entreprise reste ce qu’elle est. En fait, les entreprises tentent de répondre à la dissonance cognitive qui existe dans le fait de travailler dans une entreprise polluante et la volonté de changer individuellement. C’est bon pour le bien-être au travail et la motivation, mais pour nous ce n’est évidemment pas suffisant. 

 

 

Quelles sont vos priorités du moment chez Zéro Waste France ?  

Nous travaillons beaucoup sur le projet de loi économie circulaire du gouvernement qui aborde différentes thématiques, et notamment la consigne. Nous mettons l’accent sur la question de la réutilisation des bouteilles en verre : pour nous, c’est cela la consigne, qui va vers une vraie politique de réduction des déchets. Nous venons justement de lancer une campagne à ce sujet, pour mobiliser les citoyens et réclamer aux parlementaires la mise en place de cette consigne lors du vote du projet de loi. Nous mettons aussi l’accent sur les territoires zéro déchet car les municipales arrivent. L’idée est de mettre une petite pression sur les candidats, en leur montrant qu’intégrer une telle politique à leur mandat permettra de faire de leur municipalité un territoire innovant.

Merci Pauline pour cet entretien et ces précieux conseils !

 

 

 

Pour fini, on vous partage un article intéressant sur les “transféreurs”, ces salariés qui instaurent le “zéro déchet” au bureau !

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