
Deux carafes en verre, le même geste : on verse de l'eau chaude sur une mouture, on regarde le café couler. À première vue, la Chemex et la V60 font la même chose. Dans la tasse, elles ne font pas du tout la même chose.
L'une donne un café dense, vif, qui claque. L'autre un café doux, net, presque comme une infusion. Le choix entre les deux n'est pas une question de mode ni de prix. C'est une question de goût, de nombre de tasses et de geste au quotidien.
Voici ce qui sépare vraiment la Chemex de la V60, et comment savoir laquelle est faite pour vous.
Chemex et V60, deux façons de faire couler le café
Les deux appartiennent à la même famille : les méthodes douces, aussi appelées slow coffee. Le principe est identique. Le café moulu repose dans un filtre, l'eau le traverse lentement en goutte à goutte, et rien d'autre ne s'en mêle. Pas de pression, pas d'électricité. Juste de l'eau, du café et de la patience.
La Chemex est la plus ancienne. Le chimiste Peter Schlumbohm l'a dessinée en 1941, en s'inspirant du matériel de laboratoire et de sa fiole d'Erlenmeyer. Son sablier de verre soufflé est resté si iconique qu'il figure dans la collection permanente du MoMA de New York.
La V60 est bien plus récente. Hario, un fabricant japonais de verrerie, a lancé sa Hario V60 en 2004. Son nom vient de sa forme : un cône en V ouvert à un angle de 60 degrés. Ce dripper conique cache deux idées. À l'intérieur, des rainures en spirale décollent le filtre de la paroi, et un large trou unique laisse l'eau filer au centre.
Deux objets, deux époques, deux philosophies. La Chemex mise sur la douceur et l'élégance. La V60 mise sur le contrôle et la précision. Tout le reste découle de là. Si vous débutez dans cet univers du slow coffee, ces deux cafetières filtre sont les portes d'entrée les plus courantes.
La vraie différence est dans le filtre

Si vous ne deviez retenir qu'une chose, ce serait celle-là. La Chemex et la V60 ne se distinguent pas d'abord par leur forme, mais par leur filtre.
Le filtre de la Chemex est nettement plus épais. Les filtres Chemex sont en papier dit « bonded », replié en plusieurs couches, bien plus dense qu'un filtre classique. Cette épaisseur ralentit le passage de l'eau et retient une grande partie des huiles et des micro-particules du café. Résultat : une tasse d'une propreté remarquable, limpide, sans le moindre dépôt.
Le filtre de la V60 est plus fin. Il laisse passer davantage d'huiles aromatiques et un peu plus de matière. La tasse gagne en corps et en intensité ce qu'elle perd en pureté. Rien de trouble non plus, mais un café plus « plein ».
Cette histoire de filtre a un effet moins connu. Le papier retient le cafestol, un composé du café qui fait grimper le cholestérol. Les méthodes filtre comme la V60 et la Chemex en laissent passer bien moins que la cafetière à piston, ce qui, selon une analyse relayée par la presse médicale, joue en faveur du café filtré. Sur ce point précis, les deux se valent : c'est un atout partagé, pas un argument pour départager l'une de l'autre.
Peut-on utiliser le filtre de l'une dans l'autre ? En pratique, non. Les géométries et les épaisseurs diffèrent, et un filtre V60 posé dans une Chemex se comporte mal. Mieux vaut garder à chaque cafetière son filtre dédié.
Ce que ça change dans la tasse
Le filtre décide du goût, et le goût est le vrai terrain de la comparaison.
La V60 donne un café vif et expressif. Elle met en avant l'acidité brillante, les notes fruitées ou florales, tout ce qui fait la personnalité d'un café de spécialité. La tasse a du corps, de la matière, du relief. C'est la méthode des amateurs qui veulent sentir chaque nuance de leur grain.
La Chemex va dans l'autre sens. Elle lisse, elle adoucit, elle nettoie. Le café ressort équilibré, rond, sans arête. Moins d'huiles, moins d'acidité mordante, une texture presque soyeuse qui rappelle une bonne infusion. C'est la méthode des amateurs de douceur, de ceux qui trouvent parfois la V60 trop intense au réveil.
Aucune des deux n'est meilleure dans l'absolu. Un même café passé en V60 puis en Chemex donne deux tasses différentes, toutes deux justes. La question n'est pas laquelle extrait « mieux », mais laquelle correspond à ce que vous aimez boire.
Mouture, dosage et température : les réglages qui comptent
Le matériel pose le cadre, mais ce sont les réglages qui font la tasse. Réussir la préparation du café tient à trois repères : la mouture, le dosage et la température. Et là, les deux méthodes demandent un peu de rigueur.
La mouture du café d'abord. La V60 réclame une mouture moyenne-fine, proche du sel de table. La Chemex, avec son filtre plus lent, préfère une mouture un cran plus grossière pour éviter que l'eau ne stagne. Trop fine, l'eau met une éternité à passer et le café sur-extrait. Trop grossière, elle file trop vite et le café ressort fade.
C'est le point qui décide de tout. Le café pré-moulu du commerce, calibré au hasard et déjà éventé, plafonne vite sur ces deux méthodes. Moudre son café juste avant de le préparer change radicalement le résultat. Un moulin à café pour une mouture filtre réglable est le seul vrai investissement qui vaille sur du slow coffee, et il sert aussi bien la V60 que la Chemex.
Pour l'eau, les repères de la Specialty Coffee Association donnent une base fiable. La SCA recommande une eau entre 90 et 96 °C au contact du café, jamais bouillante. Côté dosage, son ratio de départ est de 55 grammes de café par litre, soit environ 1 gramme pour 16 à 18 grammes d'eau. Une balance et une bouilloire à bec fin rendent le geste bien plus régulier.
Le reste tient à la technique. On commence par une pré-infusion, aussi appelée bloom : un peu d'eau versée pour humidifier la mouture et laisser le café dégazer trente secondes. Puis on verse en spirale, lentement, du centre vers les bords. La V60 pardonne peu et récompense la précision. La Chemex, plus tolérante, laisse un peu plus de marge à celui qui débute.
Matériel, robustesse et entretien : ce qu'il faut prévoir
Au-delà du goût, les deux cafetières ne s'utilisent pas dans les mêmes conditions. Ce tableau résume ce qui les sépare.
| Critère | Hario V60 | Chemex |
|---|---|---|
| Filtre | Papier fin, conique | Papier épais « bonded » |
| Profil de tasse | Corsé, vif, aromatique | Doux, net, équilibré |
| Mouture | Moyenne-fine | Un cran plus grossière |
| Capacité | 1 à 2 tasses | 3 à 13 tasses selon la taille |
| Matériau | Verre, céramique, plastique, inox | Verre soufflé (sablier) |
| Robustesse | Bonne, versions incassables | Fragile, à manipuler avec soin |
| Prise en main | Plus technique | Plus tolérante |
La V60 existe en plusieurs matières. En plastique ou en inox, elle encaisse les chocs et suit en voyage. En céramique, elle garde mieux la chaleur. Elle vise surtout une à deux tasses à la fois, ce qui la rend idéale pour un café solo ou en duo.
La Chemex, elle, est d'un seul bloc de verre. Belle sur une table, mais fragile : un choc et le sablier casse. En échange, elle voit large. Selon le modèle, elle prépare de trois à treize tasses, de quoi servir toute une tablée d'un coup.
Pour le reste, les deux méthodes demandent le même matériel de base : un moulin, une balance et une bouilloire à col de cygne pour verser fin. Côté entretien, rien de compliqué. On jette le filtre et le marc, on rince à l'eau claire. Le verre de la Chemex se lave à la main pour préserver sa brillance. Vous trouverez ces deux cafetières et leurs accessoires dans notre sélection de cafetières filtre.
Chemex ou V60 : laquelle est faite pour vous ?
Le moment de trancher entre V60 ou Chemex. Les deux sont d'excellentes méthodes pour une bonne tasse de café, alors le choix se joue sur votre profil, pas sur une supposée supériorité.
Prenez la V60 de Hario si vous buvez surtout une à deux tasses, si vous aimez un café vif et expressif, et si l'idée de piloter votre extraction vous plaît. Elle est plus abordable, plus compacte, plus nomade. C'est la méthode qui révèle le mieux un café de caractère, et celle qui progresse avec vous à mesure que le geste s'affine.
Prenez la Chemex si vous préparez souvent du café pour plusieurs, si vous préférez une tasse douce et limpide, et si le geste simple compte plus que le réglage millimétré. C'est aussi un bel objet, qui assume sa place sur la table autant que dans la tasse.
Un dernier point, et non le moindre. Ni la V60 ni la Chemex ne rattrapent un café médiocre. La cafetière ne fait que révéler ce qu'on lui donne. Le vrai levier reste la qualité du grain et sa fraîcheur. Un café en grains de spécialité fraîchement moulu fera plus pour votre tasse que n'importe quel arbitrage entre les deux méthodes. Commencez par là, et le reste suivra.
Questions fréquentes
Peut-on utiliser un filtre V60 dans une Chemex (et inversement) ?
Ce n'est pas recommandé. Les deux filtres n'ont ni la même forme ni la même épaisseur, et l'un placé dans l'autre modifie le débit et le goût. Gardez à chaque cafetière son filtre dédié pour un résultat fiable.
La Chemex ou la V60 est-elle plus facile quand on débute ?
La Chemex pardonne davantage. Son filtre épais ralentit l'eau et laisse plus de marge d'erreur sur le versement. La V60 demande un geste plus précis, mais elle s'apprend vite et se montre plus gratifiante à mesure qu'on progresse.
Faut-il un moulin différent pour la Chemex et la V60 ?
Non. Un seul moulin réglable suffit pour les deux. Vous choisissez simplement une mouture moyenne-fine pour la V60 et un cran plus grossier pour la Chemex. C'est l'un des grands avantages de s'équiper d'un bon moulin : il sert toutes vos méthodes.