Accompagner les entreprises vers des modÚles plus durables : la mission de Mathieu et Maëlle avec Reform.
29 juin 2021A lâorigine de ReForm, il y a Mathieu et MaĂ«lle, deux jeunes entrepreneurs qui, aprĂšs un riche parcours au sein de grandes et plus petites entreprises, ont souhaitĂ© agir concrĂštement dans un contexte dâurgence sociale et climatique.
- Leur mission ? Devenir la source dâinspiration pour passer Ă lâaction
- Leur objectif ? Faire en sorte que toutes les entreprises françaises aient un impact positif sur leur environnement interne et externe dâici 2030.
- Leur parti-pris ? Proposer aux organisations des solutions concrĂštes sur trois niveaux : la planĂšte, lâhumain et la sociĂ©tĂ©.
Rencontre avec ces deux optimistes au projet aussi innovant que vertueux !
Quel est votre parcours et quâest-ce qui vous a menĂ© vers lâentrepreneuriat ?
Mathieu :
Jâai 30 ans et suis issu dâune formation Management & Commerce faite en alternance. Câest une reconversion car jâai dâabord suivi des Ă©tudes en ostĂ©opathie pendant 3 ans. Mais jâavais vraiment cette fibre commerciale, le goĂ»t du contact et de lâĂ©change. Jâai fait des Ă©tudes dans la restauration rapide pendant 6 ans, puis jâai Ă©voluĂ© Ă un poste de Directeur. Câest lĂ que lâopportunitĂ© de travailler pour thecamp – campus dâinnovation qui a pour vocation de crĂ©er un monde plus humain et plus durable – sâest prĂ©sentĂ©e, dans le commerce B2B, et je mây suis senti comme un poisson dans lâeau. Je traitais les grands et les petits patrons de la mĂȘme façon, et jâadorais ça ! Je ne me considĂšre pas comme un commercial mais comme quelquâun qui va rĂ©soudre les problĂšmes et trouver des solutions. Puis, jâai quittĂ© lâentreprise car lâentrepreneuriat me titillait. En tant que salariĂ©, je me suis senti vite limitĂ© par les dĂ©cisions de la direction. Jâavais cette envie de ne pas avoir de barriĂšre dans mes idĂ©es, dans ma volontĂ© de faire les choses.
Maëlle :
Jâai Ă©galement 30 ans, et suis issue dâune formation en management de lâinnovation rĂ©alisĂ©e entre la France et les Etats-Unis. Jâai travaillĂ© dans diffĂ©rentes entreprises en alternant des postes dans le digital et le marketing avant dâarriver Ă thecamp oĂč jâai travaillĂ© en binĂŽme avec Mathieu. Le passage Ă lâentrepreneuriat est liĂ© Ă une expĂ©rience un peu traumatisante de lâentreprise. En fĂ©vrier 2020, je travaillais Ă New York dans une entreprise française. Quand tout sâest arrĂȘtĂ© subitement avec le COVID, jâai Ă©tĂ© trĂšs choquĂ©e par la façon que lâentreprise a eue de traiter les gens sous la pression. ArrivĂ©e en France, je me suis dit que je ne voulais plus travailler pour des employeurs qui ne prennent pas soin de leurs collaborateurs avec lâenvie dâapporter ma pierre Ă lâĂ©difice.

Comment vous est venue lâidĂ©e de ReForm ?
LâidĂ©e est venue dâune frustration liĂ©e au constat dâune urgence climatique et sociĂ©tale, notamment avec la pandĂ©mie. Nos Ă©changes avec les chefs dâentreprises rĂ©vĂ©laient des difficultĂ©s, notamment autour du tĂ©lĂ©travail et du bien-ĂȘtre en entreprise. Les bouleversements sont allĂ©s trop vite pour eux, les laissant Ă©voluer dans un climat trĂšs anxiogĂšne.
Notre expĂ©rience Ă thecamp a fait Ă©voluer notre vision et notre façon de gĂ©rer ce qui se passe dans le monde actuel. Nous avons vite compris quâil y avait urgence Ă agir au quotidien et notre tempĂ©rament optimiste nous a naturellement poussĂ©s Ă voir des solutions. Plein dâentreprises, dâinitiatives, dâassociations, de lieux proposent des solutions Ă impact positif. Le problĂšme, câest quâelles ne sont pas visibles. Avec ReForm, câest ce que lâon souhaite enclencher en faisant entrer dans la tĂȘte des gens que lâon peut lier impact positif et business, que lâon peut changer nos façons de faire et toujours gagner de lâargent. Câest finalement ça notre plus gros challenge.
Avec Mathieu, on sâest dit « on a dans nos mains des centaines de solutions Ă impact positif mais elles manquent de visibilitĂ©, que peut-on faire pour rĂ©pandre ces bonnes idĂ©es, solutions pratiques au plus grand nombre ? » La solution pour nous, a Ă©tĂ© de se dire « utilisons les outils digitaux, nos connaissances, notre rĂ©seau et notre façon dĂ©calĂ©e de travailler ».
Quâest-ce qui fait de vous une entreprise « dĂ©calĂ©e » ?
Tout ! Nous sommes une Ă©quipe pleine de convictions, dâoptimisme et dâĂ©nergie, mais nous ne sommes pas « dans le moule » de ce que lâon pourrait attendre dâun cabinet de consultants en RSE. Nous nâavons pas fait de grandes Ă©coles – certains dans lâĂ©quipe ne sont mĂȘme pas diplĂŽmĂ©s – et nous sommes une Ă©quipe multigĂ©nĂ©rationnelle et mixte : deux femmes, deux hommes, dont une femme prĂ©sidente⊠On peut dire que dâune certaine façon, on casse les codes.
Nous menons aussi les projets de maniĂšre trĂšs opĂ©rationnelle, lĂ oĂč gĂ©nĂ©ralement, les projets RSE sont menĂ©s sur le temps long, avec un dĂ©marrage trĂšs orientĂ© stratĂ©gie et finalement peu autour des solutions.

Justement, comment travaillez-vous ?
On a voulu sortir du « y a quâĂ / faut quâon » pour mettre le changement en place de façon rapide et opĂ©rationnelle, avec des questions simples : quâest-ce que jâutilise, Ă quel niveau, dans combien de temps, combien ça coĂ»te, quels sont les avantages, comment on met les choses en place ?
Aujourdâhui, ce sont les informations dont un chef dâentreprise a impĂ©rativement besoin. Il nâa pas de temps Ă accorder Ă ces choses-lĂ . Notre valeur n°1, câest le pragmatisme : il faut aller Ă lâessentiel, sinon ils vont passer Ă autre chose. On essaye dâavoir les bons interlocuteurs, les contacts directs, les tarifs, les dĂ©lais de mise en place, les budget, les modalitĂ©s de livraison (quand, oĂč, qui)⊠Tout doit ĂȘtre Ă©crit et rapidement rĂ©alisĂ©.
Qui sont vos interlocuteurs au sein des entreprises ?
On croit beaucoup au cĂŽtĂ© opĂ©rationnel et au « bottom up ». Les solutions doivent venir des opĂ©rationnels : ceux qui vont manipuler, pratiquer⊠Nous lâavons bien vu avec la crise du COVID : ce sont les gens « du bas » qui font tourner la machine. Les dĂ©cisions stratĂ©giques sont structurantes, mais nous on veut donner le pouvoir de choisir les outils Ă ceux qui vont les utiliser au quotidien.
Les chefs dâentreprise ce sont ceux quâil faut convaincre, mais nous on parle plutĂŽt aux chefs de service. La plateforme digitale est pour nous un point dâentrĂ©e pour toucher toutes les personnes dans lâentreprise : que tu sois PDG ou stagiaire, tu peux y avoir accĂšs. Le fait de rentrer par toutes les portes permet Ă la solution dâaller directement Ă la personne concernĂ©e
Comment sourcez-vous les solutions qui constituent votre catalogue ?
Pour commencer, on sâest appuyĂ©s sur les solutions quâon connaissait Ă titre professionnel et personnel. Notre expĂ©rience Ă thecamp a Ă©tĂ© trĂšs utile car nous pouvons aujourdâhui nous appuyer sur un rĂ©seau de clients, de partenaires, dâorganisations publiques, de start-ups ou dâincubateurs trĂšs engagĂ©s. Par exemple : le TechnopĂŽle de lâArbois sur la Cleantech, le CrĂ©dit Agricole avec Le Village, la MĂ©tropĂŽle Aix-MarseilleâŠ
On privilĂ©gie le local oĂč les rĂ©seaux sont trĂšs dĂ©veloppĂ©s. Les RĂ©gions notamment jouent ont un rĂŽle crucial dans le soutien aux solutions innovantes en hĂ©bergeant Ă©normĂ©ment de start-ups. Elles les aident Ă se dĂ©velopper mais manquent de moyens pour communiquer. Notre rĂŽle, câest de venir les appuyer, toujours avec lâobjectif de crĂ©er un monde plus positif et donc plus inclusif.

Combien de solutions composent votre catalogue ?
Aujourdâhui, on a plus de 200 solutions partenaires, mais on a peut-ĂȘtre fait 1/1000Ăšme de tout ce quâon pouvait faire dans toute la France ! Le vivier va ĂȘtre en perpĂ©tuel renouvellement car plein dâentreprises se font, se dĂ©font, fusionnent, Ă©voluentâŠ
Notre ambition est de dĂ©velopper un outil puissant qui doit permettre Ă chaque entreprise de trouver les solutions les plus proches dâelle pour favoriser le local et nouer des partenariats vertueux et de long terme.
Quâest-ce que vous faites mieux que Google ?
On sâest rendu compte que Google pouvait ĂȘtre Ă la fois ton meilleur ami mais aussi ton pire ennemi ! On trouve tout est nâimporte quoi, et surtout, la hiĂ©rarchisation nâest pas toujours pertinente. Si on nâa pas le bon mot-clĂ©, la bonne intuition de recherche, ça ne fonctionne pas. On peut aussi tomber sur des entreprises fermĂ©es ou dont les informations ne sont pas mises Ă jour tout le temps. Avec nous, les entreprises sont sĂ»res dâavoir toujours les derniĂšres tendances.
Google ne va pas faire ce travail-lĂ , câest toute la problĂ©matique de compter sur un automate ou sur de vraies personnes. Les entreprises ne sont pas Ă©quipĂ©es pour bien trier et surtout nâont pas de temps Ă consacrer au sourcing. A lâinverse, certaines solutions sont trĂšs mauvaises en rĂ©fĂ©rencement ou nâont tout simplement pas de site Internet, alors quâelles gagneraient Ă ĂȘtre connues.

Quels sont vos critÚres de sélection ?
Nous avons Ă©laborĂ© une matrice de critĂšres en nous inspirant du rĂ©fĂ©rentiel B Corp, qui permet une prĂ©cision inĂ©galĂ©e jusquâĂ maintenant sur lâanalyse du business model et la justification des promesses de responsabilitĂ© sociale et environnementale. Notre problĂ©matique, câest la vĂ©rification. Les entreprises ne sont pas toujours prĂȘtes Ă fournir des justificatifs de ce quâelles avancent.
AprĂšs, on fait aussi beaucoup jouer le « feeling » que lâon peut avoir avec lâentrepreneur. Dans les technopĂŽles soutenus par les entitĂ©s publiques ou les labels comme B Corp, les prĂ©-requis sont faits en amont, ce qui nous facilite le travail. On envisage aussi de monter des partenariats avec des entreprises spĂ©cialistes de la mesure dâimpact.
Votre connaissance de cette multiplicitĂ© de solutions vous permet-elle dâaller plus loin avec vos clients ?
Oui, clairement. Souvent, une entreprise rentre par la porte « solution » parce quâelle a besoin de rĂ©pondre ponctuellement Ă un problĂšme. Mais cette demande initiale aboutit souvent Ă du conseil et mĂȘme un accompagnement de long terme. Lâun de nos clients nous a mĂȘme demandĂ© dâĂȘtre une direction RSE partagĂ©e !
Nous avons Ă notre disposition tout un panel dâexperts, quâil sâagisse dâentreprises que lâon source ou formateurs qui font partie de notre rĂ©seau. On fait jouer ces relations en fonction du besoin, pour aller le plus loin possible dans lâaccompagnement des volontĂ©s de transformation de nos clients. On traite aussi dâun autre problĂšme, celui de la communication. Certaines entreprises font plein de choses trĂšs positives mais ne communiquent dessus ni en interne, ni en externe. Notre rĂŽle, câest de rendre cette communication trĂšs opĂ©rationnelle et donc trĂšs visible.
Pourquoi ReForm ?
On voulait un nom qui soit fort, qui soit comprĂ©hensible dans diffĂ©rentes langues et qui soit synonyme de transformation. « ReForm » Ă©voque un reformatage, une nouvelle façon de procĂ©der, un nouveau modĂšle. Il y avait aussi la possibilitĂ© de jouer avec pour dĂ©velopper dâautres sous-projets : « re-act », « re-source »âŠ
En ce qui concerne la charte graphique, on voulait sortir des codes RSE classiques qui ne jurent que par le vert. Nous avons voulu proposer quelque chose de colorĂ©, dynamique, plus « fun ». La RSE, ce nâest pas que la planĂšte, câest aussi ses habitants, les Hommes, les animaux et la sociĂ©tĂ© dans laquelle on vit. Les couleurs que lâon a choisies reprĂ©sentent cette diversitĂ©, cette variĂ©tĂ©, et ce mouvement organique qui nous caractĂ©rise.

Vous parliez de pragmatisme toute-Ă -lâheure, quelles sont vos valeurs ?
Pragmatisme, humanisme (pour remettre lâhumain en avant et sortir du cĂŽtĂ© trop « environnement »), optimisme (pour ancrer lâidĂ©e que lâon peut sâen sortir) et exemplaritĂ©. Cette valeur dâexemplaritĂ© est pour nous un moyen de nous remettre en question en permanence. Câest une bonne boussole au quotidien : « suis-je un bon modĂšle pour les autres et pour moi-mĂȘme ? » « Si je fais cette recommandation, est-ce que je me lâapplique aussi ? ».
LâidĂ©e nâest pas de pointer les autres du doigt, mais bien de se remettre soi-mĂȘme en question pour aller dans la bonne direction. Cela nous tient Ă cĆur et nous sommes totalement alignĂ©s lĂ -dessus.
Quâest-ce que câest pour vous, la rĂ©ussite ?
Demain, nous pourrons considĂ©rer avoir rĂ©ussi avec Reform si nous avons permis de faire Ă©clore des entreprises qui deviendront grandes, si nous sommes devenus des leaders en tant que fondateurs, si nous avons créé de lâemploi et permis Ă des gens de se sentir bien au travail.






