Pourquoi les forêts sont nos meilleures alliées pour le Climat ? Rencontre avec Solène Duvanel de Reforest’Action

25 août 2021

Alors que nous développons un programme d’agroforesterie au Cameroun (à découvrir ici) pour lutter contre la déforestation, nous avons rencontré l’équipe de Reforest’Action. Entreprise membre de la communauté B Corp, Reforest’Action s’engage pour préserver les forêts et ainsi lutter contre le réchauffement climatique.

Un bon moment pour s’intéresser au sujet alors que les Nations Unies ont lancé en juin dernier la décennie de la restauration des écosystèmes. Bonne (et passionnante) lecture !

Comment est né Reforest’Action et quel est son objectif ? 

L’aventure est née d’un manguier planté au Sénégal par Stéphane Hallaire, fondateur de Reforest’Action, dans le cadre d’un projet local d’agroforesterie. Il prend alors conscience de la multitude de bénéfices qu’offrent les arbres, pour les hommes mais aussi pour le reste du vivant. A son retour, déjà désireux d’agir pour l’intérêt général et désormais animé par la volonté d’informer sur l’importance des forêts et de donner à chacun l’opportunité d’agir concrètement pour elles, il crée Reforest’Action en 2010.

L’entreprise a pour mission de préserver et restaurer les forêts existantes, et de créer de nouvelles forêts partout dans le monde, pour répondre aux deux grands enjeux environnementaux actuels que sont l’érosion de la biodiversité et le dérèglement climatique, ainsi qu’à des enjeux socio-économiques locaux. Pour ce faire, l’entreprise soutient techniquement et financièrement des projets forestiers dans la durée, afin d’optimiser les services écosystémiques rendues par les forêts, et ce grâce aux financements participatifs de citoyens et d’entreprises.

Spécialiste de la forêt, Reforest’Action est une entreprise française certifiée B Corp fondée en 2010 – Reforest’Action©


Pourquoi la forêt est-elle la meilleure solution pour le climat et la biodiversité ? 

Les forêts, qui recouvrent aujourd’hui 30% de la superficie terrestre mondiale, sont le 1er puits de carbone des terres émergées. Grâce au processus de la photosynthèse, les arbres capturent le CO2 en grandissant, stockent le carbone et rejettent de l’oxygène.

Les arbres absorbent l’équivalent de quelques 2 milliards de tonnes de CO2 chaque année, selon le rapport « La situation des forêts du monde » de la FAO publié en 2018.

C’est pourquoi les forêts sont nos meilleures alliées naturelles pour atténuer le réchauffement climatique, à condition d’agir en parallèle sur la réduction de nos propres émissions de gaz à effet de serre.

Par ailleurs les forêts abritent 80% de la biodiversité terrestre (animaux, végétaux) et permettent de subvenir aux besoins d’un quart des humains. Elles sont le principal foyer de la vie sur terre. Les préserver et les restaurer permet de lutter contre l’érosion de la biodiversité.

La forêt, meilleure solution pour le climat et la biodiversité – Reforest’Action©

Il y a eu une importante prise de conscience autour des enjeux liés à la forêt avec la déforestation de l’Amazonie.

Pour autant, y sommes-nous suffisamment sensibilisés de manière globale ? Que pourrait-on faire pour aller plus loin ? 

Les médias s’emparent souvent du sujet des forêts lorsque celles-ci brûlent (déforestation, incendies), et expliquent peu pourquoi ces pertes de forêt sont si menaçantes pour l’avenir du vivant.

De façon générale, je pense qu’on ne parle pas suffisamment des forêts de façon positive.

Le grand public n’a pas conscience de tous les bénéfices à la fois sociaux, économiques et environnementaux qu’elles procurent, et pourquoi elles jouent un rôle essentiel dans le développement de société durables. Or, quand on connaît l’ensemble des superpouvoirs des forêts, on a d’autant plus envie de les préserver et de participer à leur restauration !

C’est pourquoi chez Reforest’Action nous avons créé un guide de sensibilisation et des fiches synthèses libres d’accès sur notre site internet, qui ont pour objectif de faire comprendre l’essentiel des bénéfices et des enjeux des forêts, et d’informer sur les moyens d’action en faveur de celles-ci. Par ailleurs, chaque année au mois de mars, nous organisons une grande campagne de sensibilisation, « Le Mois de la Forêt », avec différents évènements comme des webinars et des plantations participatives pour renforcer la sensibilisation auprès du plus grand nombre. D’autres initiatives ont également vu le jour, comme la Fresque de la Forêt, pour une compréhension complète et ludique des enjeux forestiers.

Avec Reforest’Action, plantez votre forêt de 5000 arbres tout au long de votre vie – Reforest’Action©


Les consommateurs se retrouvent de plus en plus face à des marques se targuant de planter des arbres en échange d’un achat.

Pourtant, ce type d’opération est souvent taxé de « greenwashing » ou dénoncé comme étant inutile. Qu’en est-il ?

Certaines entreprises décident en effet de mettre en place des opérations de « produit-partage » (1 arbre planté pour 1 produit vendu) pour soutenir la reforestation. C’est une façon pour elles de communiquer sur leur action pour les forêts auprès de leurs clients, mais qui peut s’avérer du greenwashing. Le public doit être capable de pouvoir vérifier facilement qu’elles plantent exactement le même nombre d’arbres que de produits vendus, et qu’elles le font avec des acteurs de la reforestation reconnus, qui respectent un certain nombre de principes clés comme la diversité des essences plantées, l’intégration des populations locales au projet, le suivi du projet sur la durée.

De façon générale, les entreprises s’exposent à des risques de greenwashing si elles se perdent dans de mauvaises pratiques de communication environnementale, d’ailleurs souvent liées à un manque de compréhension des enjeux environnementaux. Par exemple, des entreprises pensent que leur action pour les forêts réduit leur impact environnemental et communiquent en ce sens, ou alors elles exagèrent parfois l’impact qu’elles ont grâce à leurs actions environnementales : planter des arbres ne permet pas de sauver la planète !

Tout l’enjeu est de pouvoir vérifier si les entreprises font exactement ce qu’elles communiquent, et si leur démarche environnementale est cohérente.

Chez Reforest’Action nous sensibilisons notamment nos entreprises clientes au fait que l’action pour la restauration des forêts est indispensable, mais qu’elle doit nécessairement s’inscrire en complément d’efforts pour réduire leur impact environnemental. Nous avons créé un Guide de communication responsable que nous leur adressons pour leur rappeler ce souci de cohérence à avoir, ainsi que d’autres bons réflexes à adopter, afin de communiquer au service de leur image, mais aussi et surtout au service de la forêt.

Le bilan 2021 de Reforest’Action – Reforest’Action©


Comment faire évoluer les mentalités concernant cette nécessaire action sur la durée ? 

Une des raisons cognitives de l’inaction face aux enjeux environnementaux est le fait que notre cerveau nous incite à préférer régler un besoin à court terme, plutôt qu’un enjeu majeur et complexe à long terme. Ainsi, bien que les actions de reforestation soient une solution concrète et importante au dérèglement climatique et à l’érosion de la biodiversité, elles supposent de composer avec du temps long, tout simplement parce que les arbres ne poussent pas en un jour.

Je pense en effet que les actions de reforestation ne sont pas suffisamment soutenues du fait qu’elles nous demandent d’accepter que leurs bénéfices soient mesurables et effectifs qu’à long terme.

Pourtant, c’est bien précisément parce que les projets de restauration forestière demandent du temps qu’il faut les financer et les mettre en place au plus vite ! Les Nations Unies ont d’ailleurs lancé en juin dernier la décennie de la restauration des écosystèmes afin de garantir un avenir durable aux futures générations, et éviter d’atteindre un point de non-retour qui engendrerait des catastrophes climatiques en chaîne. Ce sont nos actions d’aujourd’hui, dont nos efforts de réduction de nos émissions et notre contribution financière à la reforestation, qui déterminent le niveau de réchauffement climatique de demain et les conditions de vie qui iront avec.

Les plantations sont financées par des particuliers et des entreprises qui souhaitent avoir un impact positif – Reforest’Action©


Vos chiffres clés sont édités dans des formats assez novateurs : création de « mois d’oxygène » ou encore de « tonnes de CO2 stockées ».

Cela va dans le sens d’une action de l’homme non plus destructrice mais régénératrice. Pensez-vous que les entreprises iront de plus en plus dans ce sens ?

En participant à la restauration des forêts du monde, les entreprises contribuent à créer de la valeur au sens large : les forêts fournissent des ressources comme le bois ou des denrées alimentaires, et procurent aussi de nombreux bénéfices pour notre sécurité, notre santé, le climat et la biodiversité. Quand une entreprise agit pour les forêts, elle réduit ses risques sur le long terme, contribue à des enjeux planétaires, et accélère le développement d’une économie régénératrice plutôt que destructrice.

En lançant la décennie de la restauration des écosystèmes, les Nations Unis nous alertent également quant à cette nécessité de passer d’un modèle économique linéaire basé sur l’exploitation des ressources et créatrice de déchets, à une économie circulaire basée sur le respect des ressources naturelles et qui coopère avec le vivant. J’espère donc que les entreprises iront plus en ce sens, car ce changement de paradigme est essentiel.

Les chiffres clés de Reforest’Action – Reforest’Action©


La neutralité carbone est un axe clé de l’Agenda 2030, et nous devons tous en prendre le tournant : qu’est-ce que la neutralité carbone, et quelles différences faisons-nous entre réduction, compensation et création de puits ?

La reforestation est-elle un levier clé de ces différents axes d’amélioration ? 

La neutralité carbone est un concept scientifique défini comme l’équilibre absolu, au niveau planétaire, entre les émissions de carbone d’origine humaine et les absorptions de celles-ci par les puits de carbone. La France s’est d’ailleurs fixée comme objectif d’atteindre cet équilibre à l’horizon 2050, dans le cadre de sa Stratégie Nationale Bas-Carbone adoptée en 2015. Or, aujourd’hui, nos émissions de gaz à effet de serre sont trop élevées, les puits de carbone (principalement les océans et les forêts) n’ont pas la capacité de les séquestrer entièrement. Le CO2 s’accumule dans l’atmosphère et c’est cela qui engendre le réchauffement climatique.

Pour espérer atteindre la neutralité carbone, il faut absolument agir sur deux volets : la réduction drastique et rapide de nos émissions de gaz à effet de serre, combinée à la préservation et à l’augmentation des puits de carbone (les forêts principalement). Les projets de préservation de forêts et de reforestation sont donc un des principaux leviers pour agir sur ce second volet, en plus de générer des bénéfices socio-économiques locaux.

La mécanique de la compensation carbone est une des solutions à notre disposition pour financer la préservation et l’augmentation des puits de carbone.

Le principe est de contrebalancer, et non annuler, ses émissions en achetant 1 crédit carbone pour 1 tonne d’équivalent CO2 émise.

Ces crédits carbone permettent de financer des activités qui séquestrent du CO2, comme par exemple des projets de reforestation, ou des activités qui évitent des émissions de CO2, comme par exemple des actions de préservation de forêts. C’est donc une solution intéressante dans la transition vers une économie bas carbone, mais qui doit absolument être combinée à la réduction massive de nos émissions à la source !

L’équipe de Reforest’Action – Reforest’Action©