Du café pour le climat : au Togo, 40 femmes développent leur activité grâce à l’entrepreneuriat menstruel.
7 avril 2026Vous ne voyez pas le lien entre climat et hygiène menstruelle ? Il est pourtant direct.
Dans de nombreuses régions rurales comme les Plateaux au Togo, le dérèglement climatique fragilise les revenus agricoles. Résultat : les femmes et les jeunes filles sont les premières touchées. Faute de moyens, des millions d’entre elles n’ont pas accès à des protections hygiéniques adaptées.
Selon l’UNICEF, 1 fille sur 10 en Afrique subsaharienne manque l’école pendant ses règles. Et au niveau mondial, plus de 500 millions de femmes vivent en situation de précarité menstruelle.
Ce cercle vicieux est aussi climatique : moins de revenus → moins d’accès à des solutions durables → plus de vulnérabilité sociale et environnementale.
C’est dans ce contexte que Chacun Son Café, à travers son programme Let’s Catch Carbon « Du café pour le climat », agit concrètement.
Dans la région des Plateaux au Togo, nous soutenons un projet qui lie lutte contre la précarité menstruelle et entrepreneuriat féminin, pour créer des solutions locales, durables et génératrices de revenus.
Lutter contre la précarité menstruelle par l’économie locale
L’hygiène menstruelle constitue un élément fondamental de la santé et du bien-être féminin. En plus de l’accès à de l’eau propre pour se laver et à des installations sanitaires adaptées, elle nécessite l’utilisation de protections hygiéniques. L’accès à ces fondamentaux n’est pourtant pas une évidence pour toutes.
En effet, à l’échelle mondiale, 500 millions de femmes et de filles vivent aujourd’hui en situation de précarité menstruelle. En Afrique, ces difficultés prennent une dimension particulière. Dans un contexte où près de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, le coût des protections hygiéniques, l’absence d’infrastructures ou d’eau courante deviennent des obstacles majeurs.
De plus, les menstruations sont encore considérées comme un sujet « impur » dans de nombreuses cultures. D’après une étude de l’UNESCO, une fille sur dix manque ainsi l’école en Afrique subsaharienne pendant ses règles, soit jusqu’à 20 % de l’année scolaire.
Face à ces enjeux, les réponses traditionnelles consistent souvent à distribuer des protections hygiéniques. Cependant, pour répondre durablement à la problématique, l’entrepreneuriat local constitue la meilleure solution.
Un modèle entrepreneurial structuré
L’un des éléments distinctifs de cette initiative repose sur son niveau de structuration. Le projet repose sur la création d’une unité de fabrication et de commercialisation de serviettes hygiéniques réutilisables, intégrée à un cadre économique formel. Puisque cette structure génère des recettes et des bénéfices, elle a été enregistrée auprès des instances compétentes, dont le Centre de Formalités des Entreprises (CFE) et le Registre du Commerce et du Crédit Mobilier (RCCM). Cette structure dispose également d’une carte d’opérateur économique. La formalisation de cette activité pour les femmes permet d’accéder à des opportunités économiques plus larges et de renforcer la crédibilité du projet.
Un plan d’affaires à trois ans encadre le développement de cette activité génératrice de revenus pour femmes. Le projet intègre aussi la création d’une Association Villageoise d’Épargne et de Crédit – AVEC au Togo, permettant aux participantes de mutualiser leur épargne, d’accéder à des crédits et de renforcer leur autonomie financière. Ces éléments témoignent d’une approche structurée, visant à inscrire durablement l’activité dans le tissu économique local.
Focus : les 25 revendeuses formées à l’entrepreneuriat
Au cœur de ce projet, un groupe de 25 femmes de la structure joue un rôle central dans le développement de l’activité. Ces revendeuses ont été formées au marketing social et aux fondamentaux de l’entrepreneuriat pour leur permettre d’assurer efficacement la vente des produits d’hygiène féminine. La formation à l’entrepreneuriat et au marketing social de ces femmes leur permet également de pérenniser l’activité entrepreneuriale. Cette montée en compétence a été réalisée grâce au coaching effectué par l’association togolaise Miawodo. La structure a aussi élaboré une planification commerciale pour garantir la rentabilité financière de l’activité.
Un dispositif d’accompagnement a aussi été mis en place pour sécuriser les premières phases de développement et éviter la démotivation. Les femmes entrepreneuses sélectionnées bénéficient d’un soutien financier initial grâce à une rétribution mensuelle. Les revendeuses de produits d’hygiène féminine perçoivent également un montant forfaitaire pour couvrir les frais de téléphonie et de carburant. Il s’agit d’une phase transitoire dont l’objectif est de permettre aux femmes entrepreneuses de développer l’activité sans pression immédiate de rentabilité. À terme, le modèle repose sur une autonomie progressive après 18 mois. L’objectif est de transformer ces femmes en véritables micro-entrepreneuses locales.
Une activité génératrice de revenus durables
L’impact économique de ce projet d’entrepreneuriat féminin au Togo se mesure à plusieurs niveaux, notamment l’accès à une activité génératrice de revenus pour 40 femmes. Près de 5 000 personnes en tirent des bénéfices indirects, notamment les familles des femmes entrepreneuses, les utilisateurs des serviettes hygiéniques ainsi que les fournisseurs.
Différentes collaborations sont mises en place dans le cadre de ce projet, notamment 20 partenariats avec des institutions de santé et/ou d’éducation de la région des Plateaux. Le modèle économique est ainsi basé sur la vente de serviettes hygiéniques réutilisables. Chaque produit d’hygiène vendu génère une marge, couvrant les coûts de production et les charges de fonctionnement. Une attention particulière est portée à la politique tarifaire, qui doit être à la fois rentable et sociale.
Cette approche requiert une gestion rigoureuse des coûts d’approvisionnement et une organisation efficace pour maximiser les revenus d’activité. La formation en entrepreneuriat et en marketing social des femmes constitue alors l’un des gages de réussite de ce projet. Finalement, le projet vise à atteindre un équilibre financier durable.
Lever les freins à l’entrepreneuriat féminin
L’accès à l’entrepreneuriat pour les femmes reste conditionné par de multiples contraintes. Dès sa conception, le projet intègre ces réalités. L’organisation du travail est pensée pour s’adapter au planning quotidien des femmes avec des horaires adaptés. Elles peuvent ainsi concilier activité économique et responsabilités au sein de leur foyer. Un service de garderie est aussi prévu, assuré par les volontaires de l’ONG PAHCS, pour les femmes ayant de jeunes enfants, permettant de lever un frein majeur à leur participation aux activités. Par ailleurs, ce projet adopte une approche inclusive, en intégrant des personnes en situation de handicap lors de la sélection des femmes.
L’activité proposée dans le cadre de ce projet est conçue comme complémentaire aux activités génératrices de revenus déjà pratiquées par les femmes entrepreneuses. Un accompagnement sur une durée de 36 mois permet d’assurer un suivi régulier et une évaluation des actions de l’entité.
Un projet financé par l’OIF
Ce projet a été financé par l’OIF dans le cadre du Fonds « La Francophonie avec Elles ». Ce fonds vise à assurer l’autonomie économique et sociale des femmes grâce à des initiatives concrètes sur le terrain pour contribuer au développement durable. L’amélioration de la participation et l’inclusion des femmes à la vie économique et sociale, l’amélioration de leur accès aux formations professionnelles ainsi que leur soutien en vue du développement d’AGR figurent parmi les objectifs.
Une subvention de 73 883 € a été sollicitée pour financer la mise en œuvre du projet. Un comité de pilotage a été mis en place dès le démarrage du programme pour superviser l’avancement du projet pendant la phase d’accompagnement de 36 mois.
Un audit final suivi d’un reporting structuré a été prévu pour évaluer l’impact global du projet. Cette approche garantit un encadrement et un suivi rigoureux, et renforce la crédibilité de ce projet financé par l’OIF pour les femmes auprès des parties prenantes.
Pourquoi ce projet dépasse l’hygiène
Si ce projet répond à un besoin sanitaire et social primordial, son impact dépasse largement ce cadre. Il contribue à renforcer l’égalité économique, en permettant aux femmes de développer une activité génératrice de revenus. Dans un contexte où l’entrepreneuriat féminin au Togo est encore peu développé (25 % de femmes contre 75 % pour les hommes), ce projet participe aussi à la réduction des discriminations, en favorisant l’accès des femmes à des opportunités économiques structurées. En développant leurs compétences et en structurant leur activité, les participantes acquièrent une autonomie financière. Elles deviennent des modèles en matière de leadership féminin local.
En somme, chaque serviette hygiénique réutilisable produite et vendue dans le cadre de ce projet d’entrepreneuriat féminin au Togo s’inscrit dans une logique économique précise. Elle génère des revenus et soutient une activité locale, contribuant à renforcer l’autonomie financière des femmes impliquées. Derrière chaque vente, il y a également une forme de dignité retrouvée, celle de contribuer activement à l’économie locale et de pouvoir subvenir à ses besoins. Grâce à ce projet, les femmes entrepreneuses construisent une entreprise locale qui s’organise et grandit au fil du temps.






