Faguo, ne pas être les meilleurs du monde, mais meilleurs pour le monde.

17 juin 2021 Par

Alors que chaque jour, de nouvelles start-up éthiques et responsables sont créées avec pour ambition de lutter contre la fast-fashion et ses conséquences sur notre planète et la société, nous avons rencontré Romain Teissedre, Directeur de la communication et des partenariats de FAGUO, jeune marque de mode durable, parmi les pionnières du mouvement en France.

Comment a commencé l’aventure Faguo ?

Le respect de la planète est au cœur même de l’ADN Faguo.

L’entreprise a été fondée en 2008 par deux amis d’école de commerce, avec l’envie de créer une paire de baskets différente. C’est au départ même du projet qu’ils s’aperçoivent que produire pollue. Ils réalisent alors un bilan carbone prévisionnel des émissions de Co2, avant que la paire de chaussure soit lancée, et construisent la marque sur cet engagement : créer des produits à l’impact carbone le plus faible possible. Et comme l’impact zéro n’existe pas, ils décident de compenser les émissions restantes en plantant un arbre pour chaque produit confectionné.

Quel est ton rôle au sein de l’entreprise ?

Cela fait bientôt deux ans que j’ai rejoint Faguo. Je suis arrivé dans les cartons alors que les bureaux étaient encore à Paris pour déménager avec l’équipe à Nantes.

Ce déménagement fait beaucoup de sens car il nous a permis d’adopter un quotidien en adéquation avec l’état d’esprit Faguo, qui est de vivre pleinement entre ville et nature.

Chez Faguo, je suis responsable de la communication externe (je définis stratégiquement ce sur quoi on communique et comment amplifier notre message à travers tous les points de contact avec notre audience) et la communication interne (alors que l’entreprise s’agrandit, je m’assure que tout le monde ait accès à l’information et comprenne le sens de nos actions).

Faguo a été la première marque de mode française à devenir « Entreprise à mission », qu’est-ce que ça signifie pour vous ?

Le statut d’ « Entreprise à Mission » permis par la loi PACTE, se trouve à mi-chemin entre les entreprises à but lucratif et les associations, les ONG. Quand on considère les engagements de la marque, ce choix nous a semblé une évidence. Il nous a permis d’ancrer ce pour quoi on se bat depuis le début, en inscrivant notre raison d’être et nos engagements dans nos statuts.

Depuis le lancement, les dirigeants fondateurs insufflent leurs valeurs directement dans l’entreprise. Maintenant que l’on grandit, il faut que chacun continue à porter ces valeurs, que chaque salarié (quel que soit son périmètre d’activité) soit aligné avec notre mission.

Le statut nous a aussi permis de structurer nos actions : avant, on faisait plein de choses mais de façon moins organisée. Aujourd’hui, nous avons une mission et 5 engagements, ce qui nous permet de communiquer plus clairement et surtout de faire rayonner nos actions.

« Engager notre génération contre le dérèglement climatique » : peux-tu nous expliquer votre mission ?

Depuis sa création, Faguo a pour mission de concevoir, produire et vendre en émettant le moins de CO2 possible. Il ne s’agit pas que de compenser en plantant des arbres, mais bien de commencer par réduire notre empreinte. Cela passe par connaître et donc mesurer nos émissions. Entre 2015 et 2020, nous avons réduit l’impact carbone d’un produit moyen de 18%. Depuis le début de FAGUO, de 50% !

Aujourd’hui, l’urgence climatique est telle que nous ne pouvons pas agir chacun dans notre coin Avec notre mission, nous avons ajouté trois engagements : éduquer, sensibiliser et accompagner notre génération dans la compréhension et l’adoption de nouvelles habitudes de consommation, plus sains et plus durables pour la planète.

Pour cela, nous nous engageons à agir et communiquer en toute transparence sur la vie de nos produits.

Engager une génération, ça passe aussi par accompagner d’autres marques dans cette transition vers une mode responsable ?

Tout-à-fait. Notre rôle est aussi d’aider d’autres marques qui veulent s’engager vers du plus durable. Nos collaborations notamment constituent un bon moyen pour nous de partager nos engagements, notre démarche.

Faguo est une marque aussi prisée car nous sommes bons (attention, pas parfaits) sur de nombreuses variables : de nos produits certifiés BSI à notre logistique optimisée, du transport quasi maritime (nous avons banni l’avion) jusqu’à nos corners de seconde main, de nos bornes de recyclage en passant par nos boutiques qui fonctionnent à énergie verte … nous apportons de quoi réfléchir aux marques avec lesquelles nous collaborons.

Si on prend l’exemple de notre dernière collaboration avec la marque AIGLE, cette année à travailler ensemble leur a permis d’accélérer leur progression vers leur propre statut d’Entreprise à Mission.

Pour nous, c’est aussi l’occasion de challenger notre créativité, d’explorer de nouveaux univers (beaucoup plus outdoor avec Aigle par exemple) et évidemment de profiter de la notoriété des marques.

Aigle, Monoprix, Habitat, Bocage … comment choisissez vous les marques avec lesquelles vous collaborez ?

Nous allons chercher des synergies, des points d’aspérité avec les marques (en termes de design, d’état d’esprit, de démarche …) et nous mettons un point d’honneur à construire nos collaborations sur des bases saines : nous concevons ensemble toute la chaîne d’approvisionnement (les ateliers et la production, la logistique et le transport, les certificats et audits, les boutiques…) et nous avançons dans une vraie relation de confiance, de la conception à la communication.

Côté design, nos stylistes se rencontrent et réfléchissent ensemble au produit idéal. C’est un vrai challenge créatif et cette étape est essentielle, puisque l’essence même d’un produit durable c’est un produit qui donne envie d’être porté le plus longtemps possible.

En parlant collaboration et solidarité, peux-tu nous parler de votre initiative « Make Friday Green Again » ?

En 2019, nous avons décidé (enfin) de choisir une alternative au Black Friday. Avant, nous suivions le mouvement comme beaucoup. On ne se sentait pas bien du tout dans nos baskets, mais on avait l’impression d’être contraints par une logique de consommation et de budget.

Et puis, en discutant avec d’autres marques, on s’est aperçu qu’on était nombreux dans ce cas, alors on a franchi le pas ! Nous avons créé ce collectif « Make Friday Green Again » pour lutter contre cette actualité commerciale qui ne fait aucun sens.

Chacun Son Café a rejoint le mouvement Make Friday Green Again en 2019.

Ndlr : Le Black Friday a connu ses débuts en Amérique du Nord en 1950 pour permettre d’écouler les stocks d’invendus à la suite de Thanksgiving (le 25 novembre). Comme beaucoup de « produits » américains, ce temps fort commercial a fait son chemin jusqu’en France. Le problème ? En France, pas de Thanksgiving mais Noël un mois après. Black Friday donc en pleine saison de ventes … aucune logique.
L’objectif de ce mouvement était donc de motiver les marques à nous suivre et boycotter le Black Friday (à plusieurs c’est plus simple que tout seul) mais aussi de dire aux consommateurs « triez vos placards, re-vendez, réparez, donnez, upcyclez … mais n’achetez pas un 20ème t-shirt dont vous n’avez pas besoin, ça ne vaut pas le coup, ni pour vous, ni pour la planète ».

En 2019, nous étions plus de 700 marques, en 2020 nous sommes plus de 1200 et ce n’est que le début.

Votre lutte contre la Fast-fashion, c’est toute l’année ?

Absolument, nous ne suivons pas la logique des nouvelles collections par saison et des soldes toute l’année. Nous proposons deux collections par an : Printemps/Été et Automne/Hiver, dans une logique de production raisonnée.

Nous ne soldons que les invendus de la saison passée qui ne seront pas reconduits et nous augmentons aussi petit à petit la part d’ « intemporels » dans nos gammes de produits. Pour le consommateur, c’est aussi une question de confiance : en ne soldant pas nos produits sans raison, nous garantissons le prix juste.

Ce sont toutes ces pratiques, ces décisions qui, bout-à-bout, nous permettent de dire que nous sommes une marque de mode véritablement responsable et engagée pour la planète. Encore une fois, nous ne sommes pas parfaits, mais nous faisons notre possible pour être dans l’excellence.

Vous avez obtenu la certification B Corp cette année, attribué aux entreprises qui associent leur but lucratif à l’intérêt collectif (bravo)

En même temps que vous d’ailleurs (rire) !

Oui, c’est une belle victoire ! Nous faisons désormais officiellement partie des entreprises à impact positif (en termes de gouvernance, d’objectifs sociaux, sociétaux et environnementaux).

« Ne pas être les meilleurs du monde, mais meilleurs pour le monde »

C’est une vraie reconnaissance de tout ce que nous avons mis et mettons en place, mais ce n’est pas une fin en soi (plutôt le début de très belles choses).

En effet, la notion de progrès est importante : on peut toujours mieux faire, c’est pour cela qu’une note nous est attribuée et que nous nous engageons à la dépasser. C’est une démarche qui s’inscrit dans la continuité « demain, on vous attend plus haut ».

Le réseau B Corp est aussi une belle opportunité en termes de solidarité des marques, qu’en penses-tu ?

Bien sûr. Grâce à cette communauté, j’ai rencontré beaucoup de marques : vous (Chacun Son Café), mais aussi Brut, Ekwateur, Nature & Découverte … C’est hyper motivant d’être tous ensemble, de partager nos expériences, nos « best-practices », et de participer à un mouvement collectif pour un futur plus souhaitable.

Pour finir, si tu pouvais prendre un café avec n’importe qui pour échanger, apprendre … qui serait cette personne ?

Lors d’un live Instagram organisé par Faguo, nous avons invité l’aventurier Matthieu Tordeur. Il est notamment devenu le premier Français à rallier le pôle Sud en solitaire, à skis et sans ravitaillement, donc en auto-suffisance alimentaire.

Si je pouvais prendre un café avec lui, je le rejoindrais au milieu d’une expédition pour comprendre l’état d’esprit dans lequel il se trouve, où il puise sa force mentale et pour apprendre de son expérience d’explorateur.
Chez Faguo, nous avons aussi à cœur de faire connaître des personnalités inspirantes. Utiliser notre communauté, notre communication, pour défendre des valeurs, un état d’esprit, que ce soit à travers notre marque ou d’autres projets.

Merci Romain pour cet échange et à bientôt pour de nouveaux projets !