Economie de la valeur VS. « Low Cost » – Par Marc Gusils, CEO Chacun Son Café

6 novembre 2018

Je crois qu’il faut tout reprendre à zéro. Dans ma première vie, j’ai travaillé dans le luxe, je veux dire l’artisanat du luxe. Puis le modèle a évolué pour passer à une industrie aux valeurs capitalistes importantes avec une clientèle élargie dans tous les sens du terme, en se rendant plus accessible, et en s’exportant sur l’ensemble de la planète.

Vous vous demandez pour quelle raison je vous parle de ma vie d’avant.

Parce que cette industrie est très vertueuse, alors que l’on s’aperçoit que le keynésianisme ne fonctionne plus dans un monde ouvert, que les politiques économiques par la relance ne sont plus efficaces, qu’elles ne font que créer de l’endettement et finissent par affaiblir le pouvoir politique indispensable, et donc à plus long terme menacent les démocraties et donc nos libertés.

Nous avons une fâcheuse tendance à trop considérer cela comme un acquis qui ne pourrait être ébranlé. Alors que nous entrons dans un moment où face au réchauffement climatique, le pouvoir de régulation doit nous permettre d’avancer concrètement face aux enjeux de l’humanité. Je ne vais pas non plus parler de la dette qu’il faudra bien payer et que nous réservons là aussi aux générations futures.

Revenons à ce qui nous occupe. La question est de remplacer un système destructeur de valeur par un système créateur de valeur. Notre système sait parfaitement s’occuper des biens portants, des riches et des cultivés. C’est comme notre système éducatif, qui sait parfaitement s’occuper des enfants bien dotés intellectuellement ou financièrement avec cours de rattrapage et soutien en tout genre, mais qui cale dès qu’un élève n’est pas parfaitement adapté à la matrice. Alors que la nature de l’humain est justement la singularité et que le rythme des uns n’est pas forcément le rythme des autres. Et celà, même s’il est nécessaire bien évidemment d’acquérir des savoirs communs fondamentaux.

Si nous avions des offres produites à plus forte valeur ajoutée, nous serions en mesure de bien mieux valoriser la main d’œuvre,. Nous serions également en mesure de la qualifier, de la vouloir plus experte, de l’estimer par l’excellence qu’elle déploie, voire de l’admirer.

Cela n’est-il pas un modèle déjà éprouvé dans l’industrie du luxe ? Pourquoi pas le généraliser.

L’économie du low-cost s’appuie sur de petits avantages à court terme recherché par l’acheteur. Mais en quoi payer moins cher est-il un vrai atout, excepté ce petit avantage circonstanciel ? Elle valorise le court terme. D’ailleurs rien n’est bien durable dans cette économie, il y a toujours plus malin, il y a toujours par les circonstances, de nouvelles fenêtres qui permettent de tuer son concurrent low-cost.

Je prédis et je souhaite que cette économie se voie décliner au profit d’une économie de la valeur, du long terme et de la transmission, notamment celle des savoirs. Cela pour un accomplissement plus fort notamment des masses jusque-là abandonnées.

C’est de toutes les façons une nouvelle obligation car les jours de la consommation irresponsable sont maintenant comptés.

Certes, elle a fait bouger les lignes. Mais aujourd’hui cette économie du « moins cher » a rencontré ses limites. D’autant que les marges de progression vont tendre à diminuer dans le temps. Et cela pour de multiple raison que je ne développerais pas ici.

Nous avons deux barrières dans cette démarche. La première étant de ne pas plaire à la classe dominante. Celle-là même qui voit là un moyen de diminuer la différenciation sociale. La seconde étant qu’une montée en gamme généralisée obligerait à une augmentation généralisée des salaires.

J’applique là une vieille idée du temps du début de l’industrialisation. Mais ne sommes-nous pas revenus au point de départ ? Les pays développés ont laissé leur industrie disparaître. Ne fait-il pas la reconstruire ? Mais sur un nouveau modèle celui de la valeur, d’un « plus » indescriptible ?

Tout un chacun sait que la mode est cyclique. Cependant, nous avons aussi tous pu constater qu’elle ne revient jamais de façon identique. Elle réapparaît toujours avec une modernité nouvelle.

Je prône un modèle de la valeur, un modèle où la part manuelle est aussi importante que la part intellectuelle.

Un modèle qui sait intégrer les personnes dans leur diversité. Je ne sais pas si cela existe toujours, mais autrefois il y avait le compagnonnage. Une personne était sous la responsabilité d’une autre qui avait pour mission de lui transmettre son savoir-faire. L’élève devait évidemment tenter de dépasser le maître. J’ai l’impression d’être un vrai réac et en même temps je ressens l’épanouissement que peut avoir un disciple dans cette tentative exaltante. C’est d’ailleurs ce que l’industrie du luxe se borne à faire.

Transmettre son savoir-faire de génération en génération et à chaque génération de le réinterpréter pour lui donner une nouvelle forme plastique et faire perdurer son système de valeur. Le luxe ne meurt jamais, il se régénère.