Pourquoi suis-je si fermement opposé aux capsules de café ? – Par Marc GUSILS, CEO de Chacun Son Café
20 novembre 2018Prendriez-vous un camion 30 tonnes pour aller au bureau ?
Non, évidemment, cela vous parait un peu démesuré. Alors pourquoi nous autorisons-nous à avoir une empreinte démesurée lorsque nous buvons un café ?
Et bien tout simplement parce que nous ne connaissons pas les conséquences de nos gestes. C’est quelque chose de nouveau pour l’humanité. Avant, rien ne nous était compté, nous pensions que nos ressources seraient illimitées. Et bien non, elles ne le sont y pas : c’est la nouvelle donne de l’humanité.
Or chaque jour, c’est plus de 2 milliards de cafés qui sont consommés. Avec la connaissance de ce chiffre, il devient évident que ce simple petit geste est en réalité un vrai enjeu en termes d’empreinte environnementale.
Il ne faut pas être naïf, les entreprises ne sont pas là pour répondre aux enjeux de l’humanité mais pour faire des bénéfices. Ce n’est ni bien ni mal, c’est comme cela que l’humanité a construit ce qu’elle pense être son bien-être, sa prospérité. Et jusqu’à présent, les tentatives d’alternatives ont échoué. Elles ont même parfois été des désastres, révélant le plus mauvais coté de l’humanité – je pense évidemment au communisme.
C’est cette raison qui me fait croire en l’humanité. Pas au marché, mais aux personnes et aux individus.
Quand j’étais enfant, ma directrice d’école est une juste. Qu’a-t-elle fait pour cela ? Très simplement ne pas avoir accepté l’inacceptable. Certes il fallait être courageux. Et c’est, dans une autre mesure, le paradigme qui nous est posé aujourd’hui : que pouvons-nous faire individuellement pour ne pas accepter l’inacceptable ?
Si nous changeons TOUS nos exigences, alors là vous verrez que les entreprises changeront. Nous devons nous révolter discrètement. Changer nos comportements et donner le bon niveau d’informations de façon à ce que les consommateurs puissent faire des choix en conscience.
Personne ne souhaite hypothéquer l’avenir de générations futures. Mais personne ne souhaite faire l’effort seul. Il nous faut créer le sentiment d’un groupe d’appartenance pour y trouver un plaisir collectif.
C’est un peu comme faire de la gym. Objectivement, faire de l’exercice seul dans son appartement c’est un peu dur, et c’est pour cela qu’on va dans une salle de sport ou que certains prennent un coach. Voyez jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour ne pas nous sentir seuls face à l’effort ?
Alors moi, à mon échelle, je m’oppose aux capsules, avec Chacun Son Café.
Nous ne postons pas de jolies tasses de café lifestyle sur nos réseaux sociaux mais plutôt des articles, des questions, des débats : tout ce qui permet d’élever notre niveau de conscience face à cette situation inédite que nous rencontrons. J’espère que cela restera une rencontre et non un choc, car nous risquons gros. Je vous rappelle qu’il n’y a pas plus de 5 degrés de différence entre notre ère et l’ère glaciaire. Il est difficile de se dire que 5 degrés changent la face de notre planète, et c’est là toute notre difficulté. Nous ne savons pas appréhender ces problématiques. Personne n’a été formé pour cela.
Dans les années 70, il y a eu ce film mythique : “La Tour Infernale”. Quelles sont les causes de cette catastrophe ? L’entrepreneur qui a voulu faire des économies sur les matériaux. On peut très bien se dire qu’aujourd’hui la tour serait la terre et l’entrepreneur notre système de développement basé sur la croissance, puisant gratuitement les ressources que la terre nous offre et en premier lieu le pétrole. Personne ne paie la terre pour son extraction.
Il va falloir que nous apprenions à ne plus être des prédateurs diversifiés. C’est quelque chose de très nouveau : nous avons besoin de nous adapter. Nous savons tous que le temps est compté. Seulement, nous ne savons pas comment faire.
Alors, je milite pour un chemin. Je ne crois pas que seules les données chiffrées puissent faire changer les comportements.
Nous sommes encore dans une phase “d’early adopters” et c’est avec eux qu’il nous faut dialoguer et commencer à construire les premiers groupes d’appartenance, il faut mettre en place une logique de viralité. Regardez, si vous n’avez pas de portable vous êtes exclu. C’est exactement cela la viralité. Créer des groupes d’appartenance assez visible pour que la masse se sente exclue. Et là, le changement deviendra réel.
Chacun Son Café concerne le groupe des personnes qui ne consomment pas de café sous forme de capsules. Ceux qui ont compris avant les autres qu’elles ne poussaient pas dans les arbres. Qu’il s’agit d’une matière première non renouvelable, qui nécessite une transformation industrielle sophistiquée qui veut dire consommation énergétique supplémentaire, etc.
Je suis convaincu que nos gestes quotidiens sont une des clés du changement, parce qu’il n’y a pas de plan, ni de planète B.







