S’attaquer à la pollution numérique : le défi de FileVert. Rencontre avec un fondateur passionné, Hugo Fultot.

2 mars 2021 Par

Face à l’urgence climatique et alors que la crise du Covid-19 vient encore démultiplier nos usages digitaux (conf-call, plateformes de travail collaboratives, appli…), l’urgence est à ce qu’on appelle la sobriété numérique pour réduire notre empreinte carbone. Parmi les solutions pour réduire ses émissions, le transfert éphémère.

Rencontre avec Hugo Fultot, expert en transformation digitale et fondateur de FileVert.

Hugo Fultot, Fondateur de FileVert

FileVert est une plateforme engagée de transfert éphémère éco-conçue qui permet à chacun de partager ses fichiers en maîtrisant son impact numérique, en utilisant le moins de ressources possible.

Avec FileVert : transférer vos fichiers un oeil ouvert sur la planète !

Je m’engage pour la sobriété numérique ! 

Salut Hugo ! Tu as créé FileVert en mars 2020, dans quel but ?

L’impact du numérique est sous-estimé. En réalité, il pollue plus que l’aviation civile ! Il faut prendre conscience que le numérique représente 4% des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial (un chiffre qui devrait doubler d’ici 2025), et plus de 20% sont liés à la data (espaces de stockage, data-center partage de données…). En effet, derrière chaque utilisation du numérique se cache un système bien réel, énergivore, qui va puiser de façon déraisonnée dans des ressources limitées.

FileVert s’engage dans la lutte pour la sobriété numérique : une manière de mieux consommer le numérique, plus raisonnée et consciencieuse.

Notre mission est de faire prendre conscience à nos utilisateurs de l’impact de leurs usages numérique et leur donner les moyens de les modérer.

FileVert, le transfert de fichier vertueux.

Il paraît que beaucoup de choses commencent par un bon café et notamment les bonnes idées ! Quel a été ton déclic ?

J’ai créé FileVert en mars 2020 mais je travaille sur le projet depuis fin 2019. Mon parcours professionnel en marketing et digital m’a amené à m’intéresser aux comportements et usages numériques en dehors et dans l’entreprise. J’ai progressivement pris conscience de cette « ivresse » que créait la révolution numérique : une perte de contrôle, un manque de connaissance et de conscience de nos propres usages et de leurs impacts.

L’offre numérique est d’ailleurs devenue quelque chose de complètement normalisée, souvent liée la connaissance des utilisateurs, l’efficience publicitaire, dépassant de loin les usages que l’on pourrait qualifier d’ « essentiels ». Je n’avais plus envie de participer à ces comportements, ces modèles et j’ai donc décidé de concevoir une plateforme alignée avec mes valeurs.

Par ailleurs, le contexte actuel et l’urgence climatique nous montrent que l’on arrive au bout d’un modèle et qu’il faut absolument se réinventer.

La pollution numérique, c’est encore un sujet peu maîtrisé du grand public …

Si les personnes ne se rendent pas compte, c’est qu’elles ne font pas le pont entre le virtuel et le réel. Il s’agit d’une pollution invisible et donc difficile à appréhender. Au quotidien, ce qui pollue, ce n’est pas juste le comportement utilisateur, c’est toute l’adhésion à un service, le « clic », qui engage une chaîne de valeur (hébergement et stockage des données, utilisation des ressources matières premières non renouvelables, déchets électroniques … ) et l’addition environnementale est colossale.

Il y a aussi cette notion d’anonymat autour du numérique (ce n’est pas comme jeter un chewing-gum dans la rue, personne ne vous jugera de cliquer sur un lien). Cet anonymat n’aide pas à la responsabilisation des usages par la pression sociale, d’où l’importance de sensibiliser.

Pollution digitale : les chiffres clés.

Concrètement, comment FileVert permet de réduire notre impact numérique ?

FileVert est une plateforme sobre et conçue pour limiter l’impact environnemental, de la conception de la plateforme à l’optimisation des ressources jusqu’à la compensation de l’impact due à l’utilisation du service. L’outil utilise tous les leviers disponibles pour assurer cette démarche 0 émission estimée.

En résumé, FileVert adapte ses ressources en fonction de la demande et limite son utilisation au “juste ce qu’il faut” pour fournir son service. Les fichiers restent à minima 75% moins longtemps sur serveur qu’une solution standard (le stockage des données dans des Data Centers consomme énormément d’énergie). Des choix stratégiques ont été faits pour réduire encore plus la consommation énergétique comme comme celui de ne pas demander l’adresse mail des utilisateurs (ce qui signifie faire une croix sur un canal de communication très efficace).

Mais notre mission est aussi d’informer sur les usages digitaux en créant le déclic à grande échelle. Parce que le moindre clic à un impact sur l’environnement, FileVert inclut un compteur (en estimant les volumes de données transmis) pour permettre à chaque utilisateur de prendre conscience da la conséquence de son transfert, et plus globalement de ses habitudes numériques.

Par exemple, vous ne saviez peut-être pas qu’un e-mail parcourt environ 15 000 km et génère 4 g de CO2 (soit 400 millions de tonnes de CO2 par an dans le monde), et le poids de chaque e-mail augmente jusqu’à 50g lorsqu’il inclut une pièce jointe volumineuse. Les mails non-lus et les spams font encore l’addition : le stockage de ces e-mails (entre 10 000 et 50 000 par français) produirait 0,3% des émissions de gaz à effet de serre.

Enfin, car l’impact zéro n’existe pas, FileVert s’engage à compenser les émissions carbone liées à l’utilisation de son service : à chaque tonne de CO2 atteinte, nous réalisons un don à la Fondation Goodplanet et soutenons des projets porteurs de sens.

L’impact écologique du numérique semble finalement plus lourd que ses avantages pour le climat (moins de papier, maisons connectées pour faire des économies d’énergie… ) ?

Le numérique est une véritable aubaine, on ne peut pas se passer d’un allié aussi puissant, mais il faut apprendre à bien le maîtriser. L’idée n’est pas d’être moins performant, mais d’utiliser plus justement et consciencieusement le numérique au quotidien.

Peu importe le volume de données ou les usages nécessaires, il y a toujours moyen d’en modérer l’impact.

Par ailleurs, la pollution numérique n’est pas seulement liée à l’utilisation d’internet, la fabrication des terminaux numériques demande notamment bien plus d’énergie que de les faire fonctionner. Beaucoup considèrent d’ailleurs qu’il faut dire aux gens d’acheter moins d’équipements : effectivement ils ont raison.

Mais comment faire comprendre à l’utilisateur qu’il n’a pas besoin de ce nouveau smartphone ? Cela passe par de l’information de l’utilisateur, lui faire comprendre que son smartphone est assez puissant pour supporter le nouveau logiciel et qu’il n’a pas besoin d’en racheter un (par exemple).

En parallèle, les entreprises ont une véritable responsabilité : fournir les outils les plus éco-conçus et les solutions les plus respectueuses de l’environnement à leurs clients et employés.

L’empreinte numérique au bureau.

Les enjeux du numérique ne sont pas seulement écologiques, comment Filevert s’implique aussi dans la cyber-sécurité et la souveraineté des données ?

Tous les systèmes informatiques ont des failles, mais de bons usages permettent de limiter les risques : l’utilisation d’un antivirus est toujours recommandée pour limiter la propagation de logiciels malveillants.

Le transfert éphémère présente des avantages :

1/ Permettre de mieux identifier l’émetteur des fichiers pour ne pas le télécharger en cas de doute. Avez FileVert vous pouvez demander à vos émetteurs des transferts sécurisés avec mot de passe.

2/ La durée de stockage de données : réduire cette durée permet de limiter les interactions des utilisations pour ce fichier et donc le risque d’attaque pirate. FileVert restreint la durée de stockage des fichiers à 48h (pour tous les utilisateurs gratuits, soit 90% de la plateforme) et propose l’option de supprimer directement le fichier des serveurs une fois téléchargé.

3/ La nationalité des serveurs et la notion de souveraineté des données. Même si elles indiquent souvent une localisation du serveur en France, la plupart des hébergeurs des solutions de transfert éphémère ne sont pas françaises, ce qui signifie que l’utilisation des données est soumise à d’autres législations : personne ne peut garantir l’usage qui en est fait. FileVert utilise des infrastructures 100% françaises opérant dans le respect du RGPD et des recommandations de la CNIL. Le stockage des données est transparent et géolocalisé.

Avant de se quitter, si tu pouvais prendre un café avec quelqu’un qui t’inspire ou à l’inverse quelqu’un avec qui tu voudrais débattre, qui serait-il/elle et qu’est-ce que tu aimerais lui dire ou lui demander ?

Personnellement, j’aimerais prendre un café avec Bill Gates et lui poser une question très sincère : comment se fait-il qu’il puisse à titre personnel s’investir autant dans des actions philanthropiques, autour du bien commun (en créant par exemple des usines de récupération des eaux en Afrique) tout en menant Microsoft comme il le fait, c’est-à-dire dans une démarche de surplus de logiciels et de globalisation démesurée ?

Je crois réellement en la nécessité d’aligner les actions de son entreprise avec ses propres valeurs et avec Bill Gates, je pense qu’il y aurait matière à discuter.

Il y a aussi une autre personne avec qui j’aimerais prendre un café, ou plutôt un Ricoré : ma voisine du 4ème. C’est une personne âgée et certainement un peu perdue avec toutes ces innovations technologiques. J’aimerais lui demander si elle saurait utiliser FileVert et si non, comment faire pour le simplifier. Au-delà des enjeux environnementaux dont tout le monde parle, l’inclusion est un vrai sujet et c’est important pour moi de rendre le service accessible à tous.

Merci Hugo d’avoir pris le temps de partager ta vision avec nous !

Prenez le réflexe FileVert à la maison comme au bureau !